Dès la fin de 2010, le maire de Montréal, Gérald Tremblay avait prévenu Claude Dauphin qu'une vérification comptable allait être enclenchée sur son administration à Lachine. Il lui avait suggéré, du même coup, de se retirer temporairement de ses fonctions de président du conseil municipal.

Denis Lessard LA PRESSE

La crise qui a éclaté cette semaine à l'hôtel de ville après les révélations de La Presse couve depuis des mois dans les officines de Lachine et de Montréal.

Claude Dauphin confirme que le maire l'avait informé d'une vérification. «Il m'en avait parlé avant les Fêtes», convient-il. Mais il s'était fait rassurer par Pierre Reid, ajoute-t-il. «M. Reid m'a dit que c'était sur les processus de gestion, qu'aucun élu n'était impliqué.»

«Tout ça vient de Lachine. Il y a des fonctionnaires qui trouvent que je pousse trop et qui sont mécontents... Je n'ai pas de preuves, mais c'est ce que je pense...» ajoute M. Dauphin.

Des sources proches de l'administration expliquent sous le couvert de l'anonymat que Claude Dauphin savait depuis longtemps que son administration allait se retrouver sous la loupe des juricomptables Navigant, la firme mandatée par le contrôleur de la Ville, Pierre Reid. L'audit avait été annoncé officiellement à la mi-février, mais n'avait pas fait les manchettes. C'était au moment précis où Pierre Reid s'était retrouvé sur la sellette pour avoir ouvert les courriels du vérificateur de la ville, Jacques Bergeron.

Deux dossiers

M. Dauphin «savait qu'il y avait des faits troublants sur deux dossiers», celui de la teinturerie Global, mais aussi celui de la firme Genipur. Le maire de Lachine a confié par la suite à des amis, proches du Parti libéral du Québec, qu'il savait que certains mandats octroyés à la firme Genipur faisaient l'objet d'interrogations. Genipur avait des contrats avec Lachine bien avant les fusions municipales -avec Saint-Pierre-, mais avec l'arrivée de Claude Dauphin, sa part des contrats municipaux a augmenté en flèche.

«Je connais très bien cette firme, ils ont eu beaucoup de contrats à Lachine, par appel d'offres publiques ou sur invitation», explique M. Dauphin. Il nie toutefois avoir su que ces mandats faisaient l'objet d'interrogations particulières de la part des vérificateurs.

Il y a quelques mois, une facture d'environ 50 000 $ de Genipur a été carrément bloquée dans l'administration centrale de la Ville de Montréal. Il s'agissait des travaux sur une voie de contournement à Saint-Pierre, dans Pommainville.

Énormes pressions

Le maire Dauphin avait, explique-t-on, avait exercé d'énormes pressions pour que la Ville décaisse les sommes, des «engagements excédentaires» à un premier contrat, et s'en était même ouvert au caucus des cinq élus de Lachine. La directrice de l'arrondissement, Jocelyne Dragon, faisait face à des démarcges pressantes de M. Dauphin, jusqu'à ce que cette facture controversée «bloque dans la machine administrative».

Claude Dauphin voit les choses d'un autre oeil. «Genipur m'a appelé et m'a dit qu'il y avait un mandat qui remontait à deux ans et pour lequel ils n'avaient jamais été payés. Je me suis retourné vers ma DG, l'ex-adjointe de Pierre Reid, pour qu'elle vérifie cela!»

M. Dauphin est un ami de très longue date de Pierre Turmel, ingénieur associé chez Genipur. «Je le connais depuis ville Saint-Pierre, j'étais député à l'Assemblée nationale à l'époque», explique-t-il.

Ce dossier s'ajoute à celui de la teinturerie Global, achetée par Mindev, associée à Louisbourg Construction. Le patron de Mindev est Frank Minicucci secrétaire de la firme de Tony Accurso.

Pour ce secteur à revitaliser, Montréal a donné le feu vert à un programme de 1,5 million, dont deux parties de 500,000$ venaient des fonds publics, Lachine et Montréal. La première entreprise a fait faillite, les élus étaient confrontés à la fin du projet. Jusqu'à ce que Mindev se montre disponible. «Tout est arrivé à la minute près», a résumé un élu proche du dossier. Après la décontamination, Mindev a vite revendu le terrain. «Si c'était à refaire, je le referais», insiste M. Dauphin.