Victor Hugo Morales est musicien dans le métro de Montréal. Sa vie, dit-il, est au Canada, où il vit depuis l'âge de 7 ans. En trois décennies, ce Chilien d'origine a eu le temps de faire trois enfants, d'avoir des démêlés avec la justice, de connaître la drogue et l'alcool avant de trouver sa rédemption dans la religion. Est-ce suffisant pour éviter l'expulsion? C'est ce qu'espère Morales, dont le renvoi vers le Chili est fixé au 8 février, et qui demande un sursis.

Anabelle Nicoud LA PRESSE

Entouré de ses deux plus jeunes fils, Victor Hugo Morales écoutait, stoïque, son avocat débattre de ses attaches au pays avec l'avocate d'Immigration Canada devant la Cour fédérale de Montréal. Soutenu par son ex-femme, sa soeur, sa mère et ses enfants, qu'il prétend voir quotidiennement, Morales se voit comme un citoyen canadien et un Québécois de coeur qui devrait rester près des siens pour des raisons humanitaires. Ce n'est toutefois pas ce que disent ses papiers ni Immigration Canada.

Morales a 7 ans lorsqu'il se réfugie au Canada avec sa famille, qui fuit la dictature de Pinochet. Son enfance est marquée par l'exil, mais aussi par la violence de son père, alcoolique, que sa mère finit par quitter.

Dossier criminel

Adolescent, il commence à boire et à fumer de la marijuana, et il commet bientôt ses premiers larcins. Les condamnations tombent: son dossier criminel compte, entre 1994 et 2004, 18 déclarations de culpabilité et de courtes peines de prison. «Il n'a jamais vécu du crime et a un petit dossier criminel», tempère son avocat, Stewart Istvanffy.

Immigration Canada voit les choses d'un autre oeil: Morales perd sa résidence permanente dans les années 90. Une première expulsion, décidée en 1998, ne peut être mise à exécution pendant près de 10 ans: d'abord, ses démêlés avec la justice ont duré jusqu'en 2004, après quoi Morales s'est fait dire qu'il devait se procurer des «documents de voyage» auprès du Chili, un pays où il n'a pas mis les pieds depuis 30 ans. Victor Morales espère maintenant éviter l'expulsion et doit obtenir un sursis pour que la Cour fédérale puisse ensuite réviser son dossier.

«Il a trois enfants canadiens. Il n'est pas vraiment présent dans la vie de son premier, car la rupture avec sa mère s'est mal passée, mais dans celle des deux plus jeunes, oui», explique son avocat. Sobre depuis plus de six ans, devenu évangéliste, Victor Morales s'occupe aussi de sa propre mère, qui souffre du sida, et de personnes âgées auprès de qui il joue de la musique. «Il faut qu'on lui redonne une chance. Je suis sa mère, je l'ai vu changer dans tous les aspects de sa vie et je lui tire mon chapeau», dit Monica Morales, en larmes, à la sortie de l'audience.

Immigration Canada peu convaincu

Ces arguments ne suffisent pas à convaincre Immigration Canada. «On a tous une famille et on ne nie pas que (l'expulsion) déstabilise les familles. Mais c'est le demandeur qui, par sa turpitude, s'est mis dans cette position, a plaidé l'avocate d'Immigration Canada devant le juge Ron de Montigny, hier matin. Les cas de sursis divisent les familles. C'est notre rôle devant la Cour et ce sont malheureusement les conséquences inhérentes d'un renvoi.»

L'avocat de M. Morales condamne quant à lui la décision «complètement folle» d'Immigration Canada. Selon lui, le Ministère est de moins en moins sensible aux arguments humanitaires des immigrés. «On ne laisse plus rien passer, même si la personne s'est réhabilitée», regrette-t-il. La décision devrait être rendue aujourd'hui.