La Ville de Montréal ne peut croiser les bras devant l'épidémie de punaises de lit qui frappe ses quartiers, ont prévenu plusieurs intervenants hier lors d'un symposium entièrement consacré à la petite bestiole. Ceux-ci réclament la mise sur pied d'un registre pour cartographier la progression de l'insecte dans la métropole.

Gabriel Béland LA PRESSE

«Le problème a pris une dimension catastrophique dans la grande région de Montréal, explique Pierre St-Louis, président de l'Association québécoise de la gestion parasitaire (AQGP). Si on n'a pas de programmes mis en place, on va vite perdre le contrôle.»

M. St-Louis et l'AQGP ont tenu hier, dans un hôtel montréalais, un symposium sur la punaise de lit. Des dizaines d'exterminateurs, de propriétaires d'immeubles et de fonctionnaires municipaux y ont assisté.

La punaise de lit est un insecte gros comme un pépin de pomme. Elle tient son nom de son goût prononcé pour les matelas: c'est de là qu'elle peut le mieux se nourrir de sang humain, une fois la nuit venue. Longtemps absente de Montréal, la punaise de lit a fait un retour en force au cours des dernières années.

Pas de statistiques

La Ville n'a pas de chiffres précis sur l'épidémie qui affecte la métropole. Mais les exterminateurs rencontrés hier en avaient une bonne idée. «Dans les dernières années, le nombre de cas bondit de 500% par année, a noté Harold Leavey, de l'entreprise d'extermination Maheu. En 1995, je recevais un appel par jour pour des punaises de lit. Aujourd'hui, c'est autour de 50.»

Selon le président de l'AQGP, la Ville doit créer un registre pour mieux suivre l'évolution de l'épidémie à Montréal. «Si on pouvait répertorier les problèmes, si les municipalités et les arrondissements avaient des statistiques précises, on pourrait savoir où il y a des épidémies et prendre des mesures, croit M. St-Louis. Sinon, on va vite perdre le contrôle.»

L'AQGP propose de forcer les exterminateurs à prévenir la Ville chaque fois qu'ils interviennent pour des punaises de lit. La Ville pourrait ainsi savoir si une rue est à risque. Les punaises se déplacent de plusieurs façons; l'une d'entre elles consiste à passer d'un logement à un autre.

«Quand un mur mitoyen a 75 ans, elles arrivent à passer, illustre M. St-Louis. On le voit présentement dans certaines rues: ça peut être la rue Bourbonnière, mais c'est aussi la rue Saint-Denis, la rue Chambord, la rue Waverly...»

«Un appartement infesté de punaises peut se transformer en immeuble infesté de punaises, qui lui se transforme en quartier infesté de punaises», illustre Harold Leavy.

Une punaise au conseil municipal

La conseillère de Vision Montréal Suzanne Décarie a voulu transporter le débat sur la punaise de lit au conseil municipal hier. Devant les conseillers médusés, l'élue du district de Pointe-aux-Trembles a brandi une punaise dans un bocal.

«La Ville dit qu'elle informe la population. Mais ce n'est pas assez, croit Mme Décarie. Là, on est rendus au point où il faut se demander comment on peut enrayer ce problème. Je pense qu'un registre serait une bonne chose.»

L'idée d'un registre n'est pas très populaire à la Ville, même si on admet que la situation est «sérieuse». Le responsable de l'habitation au comité exécutif, Michael Applebaum, juge que les autorités en font assez présentement, notamment en formant leurs inspecteurs à la problématique de la punaise de lit et en informant la population.

«Faire peur aux gens»

M. Applebaum remet aussi en question la crédibilité des exterminateurs. «Le plus d'articles les exterminateurs ont dans les journaux, le plus d'affaires ils vont faire, dit-il. Leur objectif, c'est de faire peur aux gens. Nous, on veut avoir un bon plan d'action qui va vraiment attaquer le problème.»

À l'AQGP, on souligne que la mise en place d'un registre ne servirait que la santé publique. «Pensez-vous que les exterminateurs vont bénéficier d'un registre? Jamais. Pour eux, c'est juste plus de paperasse, dit Pierre St-Louis. Mais on pense que c'est rendu incontournable pour le bien des gens.»