Quand vient le temps de s'élancer sur le rond, les Montréalais ont le choix des surfaces. Des plans d'eau gelés aux sentiers de parc glacés, Daniel Lemay a fait un tour - oh! bien incomplet - du Montréal patinable.

Daniel Lemay LA PRESSE

Pas beaucoup de moustiques, mardi, à côté de l'Insectarium, dans le parc Maisonneuve. Là, sur plus de 400 m, dans les vestiges du Club de golf municipal, s'étend ce qui ressemble le plus à un anneau de patinage olympique.

Cinquante enjambées, le vent dans le nez, vers le nord montréalais - le nord-ouest dans la réalité géographique - puis, toujours à vitesse moyenne, cinquante autres vers la rue Sherbrooke et la tour du Stade olympique qui, dans sa dispendieuse magnificence, nous rappelle notre chance: le maire Drapeau n'a pas (aussi) eu l'idée de créer une montagne dans l'est pour y présenter les épreuves nordiques des Jeux d'hiver...

Pour l'heure, le seul anneau québécois de patinage olympique se trouve à Sainte-Foy, qui n'était qu'une bourgade quand, la veille de Noël 1748, l'intendant Bigot a interdit le patinage dans les rues de Québec. Pour des raisons de sécurité.

Wouche... Wouche... Une patineuse à longues lames, sans effort apparent, fait son dernier tour d'entraînement à deux fois notre vitesse. Pas de danger: la piste du parc Maisonneuve est plus large que la rue Saint-Jean et la glace, impeccable.

Pour ceux qui aiment patiner sans tourner en rond sans arrêt dans le sens contraire des aiguilles d'une montre, le réseau des grands parcs de Montréal offre de belles perspectives. Le grand étang du parc La Fontaine, par exemple, peut nous faire oublier que l'on patine en plein milieu de la ville, protégé de ses bruits par la musique classique. Oasis de glace dans le désert urbain.

Le mont Royal

Le joyau des parcs montréalais reste le mont Royal, où, depuis toujours, les citadins patinent sur le lac aux Castors. Qui était divisé en deux, cette semaine: un côté lisse et un côté raboteux. Comme si la surfaceuse de la Montagne avait craché son eau au lieu de l'étendre... Rien de grave: il y a aussi un rond de glace artificielle - et un autre pour les tout-petits - patrouillé par des surveillants-secouristes que nous n'avons vus nulle part dans les autres parcs. Le port du casque est recommandé partout: la glace a la tête plus dure que le plus hardi des débutants.

Les adeptes du grand patinage, enfin, doivent se payer (6$) une visite aux quais du Vieux-Port, qui offrent aussi un rond de glace artificielle, où l'on patine tour à tour dans les deux sens. Les Québécois ont beau venir au monde avec des patins aux pieds, jusqu'à tard au XXe siècle, les hockeyeurs gauchers qu'ils sont en majorité ne pouvaient virer à droite.

Le Vieux-Port, par ailleurs, vient d'ouvrir sa grande patinoire naturelle du bassin Bonsecours, en face du marché du même nom. Les Montréalais patinent sur le fleuve depuis trois siècles, mais les chroniqueurs du temps n'ont jamais fait état de soirées musicales thématiques (www.quaisduvieuxport.com).

Outre ces grandes surfaces, Montréal entretient des centaines de patinoires, ronds et sentiers de glace de toutes dimensions (voir la liste par arrondissement sur le site ville.montreal.qc.ca/Activités et loisirs/Sports et loisirs/Conditions des patinoires). À l'intersection des rues Beaubien et D'Iberville, le parc Molson voit virevolter quotidiennement des centaines de patineurs du quartier autour du kiosque à musique. Sympathique petite boucle près de la rue Beaubien (plein de cafés pour l'après-patinage) et allée en cul-de-sac de l'autre côté, où les petits peuvent se livrer sans danger à leurs exigeants exercices d'équilibre. Montréal 100%.

À Outremont, l'étang du parc Saint-Viateur (avenue Bloomfield au sud de l'avenue Bernard) prend un charme nouveau en hiver grâce à sa belle patinoire, une des plus connues de l'île, avec son petit pont menant au kiosque (qui ont toutefois besoin d'un sérieux coup de pinceau).

Le kiosque du parc Lalancette (rues De Rouen et Bourbonnière) est fermé, lui, pour des raisons de sécurité: il est en train de s'écrouler, faute d'entretien. Tout à côté, toutefois, se trouve le rond le plus sympa qu'on ait vu cette semaine, tout petit, avec des sapins de Noël plantés autour dans la neige. Beau flash vert: les cols bleus les ramasseront au printemps.

Longueuil

À Longueuil, enfin, nous avons eu la chance de découvrir le parc Michel-Chartrand (anciennement le parc régional de Longueuil), dans le secteur Adoncour. Rien à tomber sur le dos: juste un beau rond avec des sapins au milieu, de la belle glace et un beau chalet clair et propre pourvu de foyers au gaz, de tables et d'un comptoir-lunch pour se restaurer après le patinage, le ski de fond ou la glissade.

Le patineur montréalais jouit d'à peu près tout ça, mais ce qui le distingue de son alter ego longueuillois, c'est qu'il doit débourser 5$ l'heure pour se garer près du rond au parc Maisonneuve ou au lac aux Castors. La glace 514, ç'a l'air, coûte plus cher.