Jugeant que le maire Gérald Tremblay a floué les élus et les contribuables montréalais, avec une «explosion» des dépenses de 5% pour 2011, Louise Harel demande carrément l'annulation du budget déposé il y a deux semaines.

Mis à jour le 16 déc. 2010
Karim Benessaieh LA PRESSE

La chef de Vision Montréal a du même souffle annoncé qu'elle voterait contre l'adoption de ce budget, prévu lors d'une assemblée extraordinaire du conseil jeudi matin. Les 16 conseillers de son parti devraient être rejoints par les 10 élus de Projet Montréal, également opposés au budget. L'opposition est toutefois mathématiquement incapable de remporter le vote devant les 39 conseillers du parti du maire, Union Montréal.

En décembre 2005, Gérald Tremblay, qui venait d'être réélu sur la promesse d'un gel du fardeau fiscal, avait accepté de refaire son budget. Celui-ci comportait des hausses d'impôts pour les deux tiers des propriétaires montréalais. C'est un peu le même scénario que demande Mme Harel cette année, avec ce budget dont les multiples hausses de taxes et de tarifs «sont de nature à étrangler les Montréalais et accentuer l'exode des familles».

Une machine qui «engraisse toute seule»

Le bras droit de Mme Harel, Pierre Lampron, a de son côté déploré que le contrôle des dépenses demandé par la commission des finances le printemps dernier soit resté lettre morte. Cette commission, sur laquelle il a siégé le printemps dernier, avait proposé diverses pistes pour combler un trou budgétaire évalué à 400 millions.

«On a demandé à l'administration de s'assurer d'une augmentation du fardeau fiscal sous l'inflation, a expliqué M. Lampron. Il fallait en contrepartie contrôler l'augmentation des dépenses. La machine de Montréal s'engraisse toute seule, elle a un appétit insatiable.»

À titre d'exemple, il a rappelé qu'au chapitre de la rémunération, on est passé d'un montant de 1,7 milliard en 2007 à 2,2 milliards l'an prochain, une hausse de 462 millions. Les membres de la commission des finances, y compris ceux d'Union Montréal, «ont le sentiment d'avoir été floués», a assuré M. Lampron.

Il a par ailleurs soulevé une pratique inquiétante et de plus en plus répandue au sein de l'administration, soit de financer de nouveaux postes par des emprunts. Sur les 531 nouveaux postes annoncés dans le budget 2011, 275 seraient financés par emprunt, selon une évaluation de l'équipe de Vision Montréal. Cette façon de faire revient à «emprunter pour payer l'épicerie», prévient le conseiller, qui demande un contrôle plus strict de l'embauche à la Ville.

« Nous convenons de la nécessité de renforcer l'expertise interne, qui a fait cruellement défaut à la Ville, mais nous exigeons que des économies correspondantes dans les contrats de services professionnels à l'externe soient identifiées dans le budget », a ajouté Gaëtan Primeau, conseiller de Tétraultville.

Sur les 531 nouveaux postes, à peine 23 étaient clairement identifiés comme pouvant apporter des économies dans les contrats externes, a noté M. Lampron.

«Trompé» par le maire

Le conseiller s'est en outre défendu d'avoir bafoué la ligne de son parti le mois dernier. Il s'est absenté au moment du vote sur une motion de Vision Montréal dénonçant la taxe d'immatriculation de 45$, jugée inéquitable puisqu'elle ne touche que les résidants de l'île de Montréal. M. Lampron, à titre de membre de la commission des finances, avait lui-même proposé cette taxe. «J'étais mal à l'aise, a-t-il reconnu. Cette taxe à l'immatriculation devait être compensée par une baisse de l'impôt foncier.»

«M. Lampron a cru le maire et il s'est trompé», a ajouté Louise Harel.

Du côté de Projet Montréal, le chef Richard Bergeron a descendu en flammes ce budget «cher, fade et sans imagination» et qui n'offre «piste de solution pour la rétention des familles à Montréal». En assemblée mercredi après-midi, M. Bergeron a en outre révélé que les cadres de la Ville pourront bénéficier d'augmentations salariales de 6,5% si leur rendement est jugé satisfaisant. «Le Québécois moyen bénéficiera en 2011 d'une hausse salariale de 2,7%, un employé de la Ville de Montréal, au minimum 4%. C'est tout à fait inéquitable et scandaleux pour les payeurs de taxes montréalais.»

Le vice-président du comité exécutif, Alan De Sousa, a précisé qu'il s'agissait d'une prime liée à la performance. «Si la performance n'est pas au rendez-vous, la prime ne sera pas versée.»