Les locataires du 780 Saint-Rémi, dans le quartier Saint-Henri à Montréal, refusent de faire leurs valises. Menacés d'expropriation par le ministère des Transports du Québec (MTQ) pour permettre le réaménagement de l'échangeur Turcot, des résidants de l'immeuble réclament une modification du projet qui leur permettrait de continuer d'occuper ces lofts qu'ils louent à prix abordable.

Mis à jour le 12 déc. 2010
Valérie Simard LA PRESSE

«On a tellement investi ici, remarque Mario Gervais, locataire de l'immeuble depuis deux ans. On y a mis beaucoup de travail. On était ici pour plusieurs années.» À moins d'un changement de cap du ministère des Transports, Mario Gervais et ses voisins devront quitter, pour la plupart à contrecoeur, le logement qu'ils occupent parfois depuis 15 ans. Ils évoquent 2012, mais le MTQ indique qu'aucune date n'a encore été fixée. Le réaménagement de l'échangeur doit débuter en 2012 et se poursuivre jusqu'en 2018.

Situé au pied de l'échangeur Turcot, le 780 Saint-Rémi est un ancien bâtiment industriel converti en immeuble à logements. On y trouve 98 lofts, dont plusieurs sont occupés par des artistes et des travailleurs autonomes. Lors d'un point de presse tenu samedi dernier, plusieurs locataires ont manifesté l'inquiétude de ne pas pouvoir trouver un logement semblable à un prix comparable.

«Je paie 900$ par mois, chauffé, éclairé et déneigé, note Marco Leclerc, infographiste et représentant pour une ligne de produits de santé. Ce sera difficile pour moi de trouver quelque chose d'autre à Montréal. Ça me fait mal au coeur de partir parce que je suis venu ici pour m'établir, pour partir ma compagnie.» Il dit avoir investi près de 10 000$ dans la rénovation et l'aménagement de son loft.

«Cet édifice représente l'imagination et la créativité des Montréalais à s'installer dans des espaces de vie qui ne sont pas prévus pour ça», affirme Pierre Zovilé, un autre locataire. «Si j'avais trouvé une place qui convenait mieux à mes activités et au style de vie que je voulais avoir, j'aurais déménagé, ajoute-t-il. Personne ne veut habiter à 200 mètres d'une autoroute quand on connait les conséquences que ça a sur la santé.»

Le plan du MTQ critiqué

Pierre Zovilé est très critique à l'endroit du plan déposé par le MTQ le 9 novembre dernier. Selon lui, une place plus grande devrait être accordée au transport en commun. Une vision que partage la porte-parole du POPIR-Comité Logement, Valérie Simard (qui, précisons-le, n'est pas l'auteure de ces lignes). «Nous voulons un projet qui inclut plus de transport collectif pour diminuer la capacité routière de l'échangeur et réduire sa taille, réclame-t-elle. En fait, ce sont les bretelles qui s'entremêlent qui font en sorte qu'on doive démolir ce bâtiment. Il y a des alternatives proposées qui ne nécessitent aucune expropriation.»

À l'origine, le plan de réaménagement de l'échangeur Turcot présenté par le MTQ prévoyait l'expropriation de 167 logements alors que celui préparé par le Ville de Montréal n'en prévoyait aucune. Dans la nouvelle mouture de son plan, le MTQ a réduit le nombre d'expropriations à 106 logements, dont 98 sont situés à l'intérieur du 780 Saint-Rémi.

Des locataires ont confié nourrir peu d'espoir de faire changer d'idée le ministère. Valérie Simard n'est pas d'accord. «Il y avait 167 expropriations au départ, rappelle-t-elle. Selon le MTQ, c'était impossible de faire mieux. Mais grâce à la mobilisation citoyenne, on a réussi à épargner tous les logements situés sur les rues Cazelais et Desnoyers. C'est pour ça qu'on n'abandonne pas. On pense qu'on peut encore faire bouger le ministère des Transports là-dessus.»

Le MTQ demeure pour l'instant inflexible. «Le MTQ a modifié les plans pour diminuer le nombre d'expropriations, indique Mario St-Pierre, porte-parole du ministère des Transports du Québec. Mais, dans le cas de Saint-Rémi, il semble que ce soit techniquement impossible de déplacer la structure.» Il ajoute que les locataires expropriés recevront une indemnisation «juste et équitable» sans pouvoir préciser le montant. Les locataires rencontrés disent avoir été informés d'une indemnisation équivalente à trois mois de loyer plus les frais de déménagement, ce qui, si cela s'avère le cas, est insuffisant à leurs yeux.

Ils pourraient également être relocalisés dans un autre immeuble par le biais du programme Accès Logis. Une rencontre à ce sujet a d'ailleurs eu lieu le 7 décembre dernier entre des représentants du MTQ, de l'arrondissement du Sud-Ouest et de l'organisme Bâtir son quartier. Mario St-Pierre précise que les discussions se poursuivent.

Les locataires du 780 Saint-Rémi disent ne pas pouvoir compter sur l'appui du propriétaire de l'immeuble, Sam Fattal. Les messages laissés par Cyberpresse sur la boîte vocale de l'entreprise Immeuble Sam Fattal, fermée pour la fin de semaine, sont demeurés sans réponse.

PHOTO: DAVID BOILY, LA PRESSE

Situé au pied de l'échangeur Turcot, le 780, Saint-Rémi est un ancien bâtiment industriel converti en immeuble à logements. On y trouve 98 lofts, dont plusieurs sont occupés par des artistes et des travailleurs autonomes.