L'homme de la troisième voie est loin. Si Tony Blair s'est fait connaître avec le nouveau travaillisme, il croit aujourd'hui que la religion est la clé essentielle pour comprendre et résoudre les problèmes du monde moderne. C'est ce que l'ancien premier ministre britannique, élevé dans l'athéisme, a exposé, hier, à l'invitation de l'Université McGill.

Mis à jour le 13 nov. 2010
Anabelle Nicoud LA PRESSE

«J'ai grandi avec le clivage entre la droite et la gauche. Cette distinction est toujours présente, mais elle est moins pertinente que ce que pensent les hommes politiques. Par contre, le clivage entre ouverture et fermeture sera très important à l'avenir», a expliqué celui qui, pendant 10 ans, a occupé le 10 Downing Street.

Depuis son retrait de la vie politique, Tony Blair a mis sur pied sa fondation pour la foi et n'a pas chômé. Associé à plusieurs universités dans le monde, dont l'Université McGill, il prêche auprès des élites de demain l'idée selon laquelle les démocraties séculaires ne peuvent plus nier l'importance de la foi.

«Il faut comprendre que la religion occupe une place importante dans la vie des gens, a-t-il expliqué lors d'une courte entrevue accordée, en anglais et en français, aux journalistes montréalais. Même si l'on croit personnellement que la religion est une mauvaise chose, on ne peut pas nier que c'est un sujet de préoccupation dans le monde.»

Comme les Québécois, les Britanniques ont tendance à reléguer les croyances religieuses dans la sphère privée. Erreur, selon Tony Blair: «On dit que la religion est privée, mais j'ai bien peur qu'on n'ait pas le choix de s'y intéresser. Cela me dépasse que des leaders politiques ne prennent pas en compte cette dimension, car elle est bien réelle.»

Avec la mondialisation et l'immigration, les sociétés occidentales deviennent multiethniques et multiculturelles. «La question est de savoir comment faire fonctionner cela. Et la réponse, c'est qu'il faut préserver ce qui distingue chaque société. Ce qui est vrai ici l'est aussi en Europe: c'est exactement le même débat.»

Pour le côté pratique des choses, Tony Blair s'est toutefois montré très prudent. Croit-il qu'il faudrait légaliser la polygamie, comme certains mormons le proposent en Colombie-Britannique? «Mais ce n'est pas possible, cela n'arrive pas! Ici? Peut-être que je devrais me tenir loin de ça. Je ne suis pas qualifié pour répondre à cela», dit-il. Croit-il qu'une pareille chose pourrait se produire en Angleterre? «Non», répond-il, catégorique.

Sur la question du niqab, entre la tolérance anglo-saxonne et l'interdiction française et québécoise, Tony Blair ne tranche pas.

«Le Québec a le droit de décider ce qu'il faut penser de cette situation. C'est à vous de décider selon votre système juridique, législatif. Et si vous décidez que vous avez le droit de faire ça, alors vous en avez le droit.»

Après à peine plus de 10 minutes d'entrevue, Tony Blair a pris congé des journalistes, tout en sourire et politesse. Montréal était le dernier arrêt d'une série de conférences avant son retour en Grande-Bretagne.