Après 16 ans d'hostilités, la Ville de Montréal et ses cols bleus enterrent la hache de guerre. Tout sourire, le maire Gérald Tremblay et le président du Syndicat des cols bleus regroupés, Michel Parent, l'ont officiellement confirmé mercredi avec la signature d'une toute nouvelle convention collective, dans le hall d'honneur de l'hôtel de ville.

Karim Benessaieh LA PRESSE

Il s'agissait d'une première depuis 1994. Toutes les conventions suivantes ont été imposées, soit par arbitrage soit par loi spéciale. Les deux hommes ont annoncé à maintes reprises de «nouvelles bases» pour les relations de travail entre ses 5500 cols bleus et la Ville, traditionnellement houleuses. «C'est une opportunité unique, a assuré le maire Tremblay. Ce que la Ville dit aujourd'hui à ses cols bleus, c'est: «Nous vous faisons confiance. C'est le temps de vous retrousser les manches et d'offrir les meilleurs services possibles aux Montréalais.»

«Respect, finalement»

Le président des cols bleus, Michel Parent, a acquiescé. «Les cols bleus sont heureux d'être traités avec respect, finalement. Les vrais gagnants, ce sont les citoyens.» Le négociateur syndical, Marc Ranger, a carrément annoncé que les cols bleus avaient «retrouvé leur fierté, fierté de leur emploi. Aujourd'hui, nous pouvons regarder vers l'avant, nous avons confiance en l'avenir.»

Sans convention collective depuis 2007, les cols bleus avaient accepté à 96,8% - du jamais vu - la recommandation du conciliateur fin septembre. Mercredi, c'était au tour du comité exécutif de la Ville d'accepter à l'unanimité cette entente, qui coûtera au chapitre des hausses salariales environ 60 millions sur cinq ans.

Le nouveau contrat prendra fin en 2012 et prévoit un gel salarial la première année, en 2007, suivi de hausses annuelles de 2% pour 2008, 2009 et 2010. Le 31 décembre 2010, les cols bleus recevront une hausse supplémentaire de 1% que la Ville compte récupérer grâce à des concessions de ses employés. On compte essentiellement sur deux mesures pour réaliser des économies: la création d'un statut d'étudiant et le droit pour les entrepreneurs privés embauchés par la Ville de payer leurs employés moins que ce qui est versé aux cols bleus.

Les cols bleus sont en outre les premiers employés municipaux à s'engager pour les années 2011 et 2012, obtenant 2% la première année et une hausse équivalant à l'inflation, avec un maximum de 2%, pour la deuxième.

Le maire Tremblay a assuré mercredi que le cadre financier de la Ville, l'équité entre les employés et la capacité de payer des contribuables avaient été «respectés intégralement».

Les cols bleus, eux, ont obtenu l'accession de 446 auxiliaires à la permanence, cinq nouveaux congés mobiles et la parité avec les autres employés municipaux au chapitre des vacances. Selon leur président, ils ont surtout obtenu une concession majeure, en avril dernier: «Le maire s'est alors engagé en faveur de l'expertise interne.» Si le gain semble symbolique, il a été dûment intégré à la convention et obligera la Ville et les arrondissements à recourir aux services des cols bleus si le recours au privé ne s'avère pas plus économique. Le plancher d'emplois, source de frictions majeures, est resté le même, à 3804 emplois.

Affrontements suprêmes

La poignée de main de mercredi met un terme à un affrontement particulièrement acrimonieux depuis octobre 2004. Les cols bleus s'étaient alors vu imposer une convention collective en arbitrage qu'ils n'ont jamais digérée, allant même la contester jusqu'en Cour suprême - qui a refusé de les entendre. Ils avaient alors subi des reculs majeurs quant au salaire, aux heures travaillées et au plancher d'emplois.

Le président des cols bleus, Michel Parent, a reconnu que l'entente paraphée mercredi «ne corrige pas l'ensemble des points (perdus en 2004), mais constitue un pas dans la bonne direction. Nos principales préoccupations, c'étaient les emplois et la sous-traitance».

L'entente met fin à la grève des heures supplémentaires entamée en juin dernier, ainsi qu'à la grève générale qui avait forcé la fermeture du Biodôme et de l'Insectarium de Montréal. Celui-ci rouvrira ses portes samedi prochain, tandis que le Biodôme, où des travaux de réfection sont en cours, accueillera les visiteurs à partir du 4 décembre.