Le gouvernement du Québec a choisi de revenir à la case départ et de couper en deux le contrat destiné à renouveler les voitures vétustes du métro de Montréal. On revient à un peu moins de 500 voitures au lieu du millier envisagé l'an dernier.

Denis Lessard LA PRESSE

Les négociations, qui ont connu un sprint final au cours des derniers jours, ont amené Bombardier-Alstom à baisser son prix à 2,6 millions de dollars par voiture, a appris La Presse. En tout, le contrat atteindra environ 1,3 milliard, soit grosso modo un prix deux fois plus élevé que celui que le compétiteur espagnol CAF entendait proposer.

À l'origine, au début du consortium, Bombardier-Alstom demandait 3,4 millions de dollars pour chaque voiture. C'est cette facture qui a été ramenée à 2,6 millions, soit exactement la somme estimée par la firme Hatch MacDonald, une entreprise d'évaluation internationale appelée en renfort par Québec et la STM. L'espagnole CAF parlait à l'origine de 2 millions par voiture - dans un communiqué diffusé lundi, elle abaissait son prix à 1,43 million par voiture.

Mardi matin, le premier ministre Jean Charest et son responsable des Transports Sam Hamad se trouveront à l'usine de Bombardier à La Pocatière, où ils confirmeront la nouvelle publiée par La Presse la semaine dernière.

Québec plaidera surtout «l'urgence», la nécessité d'agir rapidement; en mettant de côté l'appel d'offres international, on raccourcit «d'au moins un an» le délai pour la livraison de la première voiture, entre 24 et 30 mois, confie-t-on.

Selon les informations recueillies lundi soir, un très court projet de loi d'»une page et demie» sera déposé à l'Assemblée nationale dès cette semaine pour entériner l'entente entre la Société de transport de Montréal, le gouvernement et Bombardier-Alstom. Avec l'adoption d'une loi, Québec s'estime à l'abri d'éventuels recours judiciaires.

Après une controverse qui dure depuis quatre ans, on revient à la commande originale de 2006 - 374 voitures avec une option pour environ 130 autres.

Minuit moins cinq

Joint lundi soir, le maire de La Pocatière, Sylvain Hudon, soulignait qu'il était minuit moins cinq pour les employés de l'usine. Pendant les belles années, elle employait 1400 personnes. Ils ne sont plus qu'une centaine de travailleurs désormais et le carnet de commandes était à plat. «Cette annonce est un soulagement énorme», a-t-il dit. Pour lui, c'est pour éviter la controverse que le contrat sera scindé, ramené à ses proportions d'origine.

Aussi, l'annonce tombera à point nommé pour l'élection partielle nécessaire au remplacement du regretté Claude Béchard, «mais on avait commencé à travailler fort dans ce dossier bien avant le décès de Claude», insiste le maire Hudon.

Le contrat de 1000 voitures devait fournir de l'emploi à 800 travailleurs - on peut penser que ce sera du même ordre mais pour une période plus courte. À ces emplois dans le Bas du fleuve, il faut en ajouter d'autres dans la région métropolitaine à l'usine de Alstom.

La semaine dernière, le gouvernement avait demandé à la Société de Transport de Montréal de suspendre son avis d'appel d'offres international. Ce sursis d'une semaine devait permettre à Québec et Bombardier-Alstom de s'entendre sur un prix. La STM s'est fait tordre le bras pour accepter le plan de match de Québec, a-t-on appris.

Le président de la STM, Michel Labrecque, avait soutenu la semaine dernière que la «sécurité» n'était pas en cause. La «fiabilité» du réseau montréalais est cependant précaire parce que les équipements roulants sont en fin de vie utile, des voitures remontant à l'inauguration de 1967.

Pour le contrat, il faut prévoir de 24 à 30 mois avant que les premières voitures ne soient livrées, par la suite il faut prévoir une cinquantaine de mois pour qu'elles soient toutes assemblées.

CAF réplique

Mais déjà, l'espagnole CAF réplique à la convocation rendue publique par Québec. Pour la compétitrice de Bombardier, le prix réel de ces wagons est plutôt de 1,43 million. Pour le métro de Santiago, l'entreprise vient de produire des voitures à 1,2 million. Du côté de Québec, on juge ces chiffres irréalistes pour le produit exigé par la STM.

Avec 468 voitures, les Espagnols promettent de livrer la marchandise pour 670 millions (1,5 milliard pour 1053 voitures) bien en deçà des prix soumis par Bombardier avant d'être exposée à la compétition de l'étranger.

Pour CAF, la loi spéciale qu'envisage le gouvernement Charest pour s'autoriser à signer une entente de gré à gré, «irait complètement à l'encontre des ententes et pratiques qui régissent le commerce international». Cela, poursuit-on, «enverrait à tous les partenaires économiques le signal que le Québec fait bande à part sur l'échiquier international».

CAF n'a pas décidé encore si elle engageait des recours légaux, «mais les dirigeants de la compagnie ont passé la journée avec leurs avocats», a expliqué le porte-parole, Philippe Roy. La firme espagnole estime avoir été traitée cavalièrement. D'autant que des frais ont été encourus pour la préparation du dossier, fait-on valoir aussi.