Dans un geste sans précédent, les groupes écologistes ont décidé de boycotter les audiences publiques sur le projet hydroélectrique la Romaine, estimant être les «figurants d'une procédure viciée».

Mis à jour le 28 oct. 2008
François Cardinal LA PRESSE

Profitant du début des consultations sur la Côte-Nord, hier, la Fondation Rivières, la Société pour vaincre la pollution (SVP) et Nature Québec ont demandé au Bureau d'audiences publiques (BAPE) sur l'environnement de «réviser d'urgence» son processus d'audiences «pseudo publiques», afin de leur permettre d'y assister, en personne ou par vidéoconférence.

Sinon, ils maintiendront leur refus de participer au processus qui se tient uniquement à Havre-Saint-Pierre, un geste qui entacherait sérieusement la crédibilité des audiences. Le gouvernement de Jean Charest n'a d'ailleurs pas perdu de temps pour se montrer ouvert à la demande des écologistes.

«Nous regardons actuellement ce que nous pouvons faire pour que les groupes se rendent sur la Côte-Nord», a indiqué Philippe Cannon, porte-parole de la ministre de l'Environnement, Line Beauchamp.

La décision revient en effet à Québec, car dans un échange de courriels entre les environnementalistes et le BAPE, ce dernier soutient qu'il tient des audiences uniquement sur la Côte-Nord pour des raisons budgétaires. Rappelons que le projet, lui, est évalué à 6,5 milliards.

«Je suis condamné au silence, s'offusque Daniel Green de SVP. Je n'ai malheureusement pas les 2000$ nécessaires pour me rendre à Havre-Saint-Pierre!»

De l'avis de la Fondation Rivières, tous les Québécois devraient pouvoir s'exprimer sur le projet la Romaine, pas seulement les citoyens de la Côte-Nord. Surtout que certains organismes et communautés de cette région ont signé des ententes secrètes avec le promoteur, Hydro-Québec.

«Le problème, précise la directrice de la Fondation, Anne-Marie Saint-Cerny, c'est que dès qu'une communauté signe un contrat avec Hydro-Québec, il devient extrêmement difficile pour les citoyens de s'opposer. Ces derniers vont tous à la même épicerie, ils sont parfois intimidés, etc.»

Mme Saint-Cerny affirme même que les contrats signés, qu'Hydro refuse de rendre publics, stipulent que les communautés s'engagent «à ne pas tenter d'empêcher la construction et l'exploitation des ouvrages projetés».

Une honte!

Les commentaires des écologistes ont provoqué l'ire des communautés locales, qui ont dénoncé leur «manque de considération». «Se faire dire que les audiences ne seront pas véritablement publiques parce qu'elles se tiendront chez nous plutôt qu'à Montréal, c'est inacceptable», a indiqué Georges-Henri Gagné, président de la Conférence régionale des élus de la Côte-Nord et coprésident de la Coalition en faveur de la réalisation du complexe la Romaine.

«Ils n'ont pas les moyens de venir contribuer au processus d'évaluation du BAPE? Ce sont pourtant les mêmes qui avaient les moyens de faire une descente de la rivière, onéreuse et inaccessible pour le commun des mortels. (...) C'est une véritable honte!», a renchéri l'autre coprésident, le préfet de la MRC de la Minganie, Pierre Cormier.

Cela dit, les groupes demandent au gouvernement d'accroître les fonds alloués au BAPE pour qu'il tienne des audiences à Montréal, comme cela s'est déjà fait dans d'autres dossiers comme celui de la tordeuse des bourgeons de l'épinette en 1983, ou pour qu'il permette la diffusion en direct sur le web, comme cela s'est fait pour le projet Sainte-Marguerite-3 en 1993.

Nature Québec va même jusqu'à solliciter l'appui du promoteur du projet. «Si Hydro-Québec souhaite apaiser les soucis des groupes environnementaux, elle doit aussi faire pression sur le gouvernement pour des audiences publiques élargies», affirme Michel Bélanger, président de l'organisme.

Hydro-Québec a refusé de commenter le dossier.

Situé à 50 km au nord de Havre-Saint-Pierre, le vaste complexe hydroélectrique doit être constitué de quatre barrages et d'autant de centrales, d'une puissance globale équivalente à celle de Manic-5 (1550 MW). Cela dans le but de répondre à l'appétit grandissant des provinces voisines et des États du nord-est des États-Unis.