Christian Yaccarini - le promoteur derrière trois projets phares du Quartier des spectacles - affirme que Benoit Labonté a fait pression pour le persuader de faire affaire avec la société immobilière Busac dans le développement du 2-22 Sainte-Catherine. Le président de la société de développement Angus (SDA) allègue également que l'ancien bras droit de Louise Harel lui a demandé d'embaucher son ancien chef de cabinet en échange d'une subvention.

Daphné Cameron LA PRESSE

C'est un secret de polichinelle que Benoit Labonté et Christian Yaccarini sont à couteaux tirés depuis quelques années.

Christian Yaccarini affirme vouloir divulguer ces informations publiquement pour répliquer aux révélations que Benoit Labonté a effectuées dans les médias cette semaine. Selon lui, il nuit à la réputation de plusieurs personnes sans avoir les preuves pour le faire.

 

«Le seul qui m'a déjà demandé quelque chose, c'est Benoit Labonté. C'est pour cela que je la trouve un peu grosse quand il joue la vierge offensée», a-t-il expliqué.

Malgré qu'il n'ait pas été l'objet de révélations dans le cadre de reportages sur la collusion dans le milieu municipal, Christian Yaccarini, a également accordé une entrevue à La Presse pour préciser que sa société a toujours opéré dans «les règles de l'art».

Lors de l'entretien, il a vertement critiqué les façons de faire de Benoit Labonté. Selon ses dires, le politicien l'a approché en 2006 pour développer le 2-22 Sainte-Catherine, un édifice à vocation culturelle du Quartier des spectacles.

«En 2006, Benoit Labonté a donné un mandat à la SDA pour développer un projet au coin des rues Sainte-Catherine et Saint-Laurent. Nous avons beaucoup travaillé. On a eu des rencontres avec Labonté et le projet a commencé à prendre une certaine forme.»

«Par la suite, son chef de cabinet de l'époque, Stéphane Dion, est venu me voir pour me demander de prendre Busac comme développeur. C'est une démarche étrange parce que c'était la première fois qu'un politicien ou un fonctionnaire me disait de prendre telle firme.»

À la suite de cette rencontre, Yaccarini dit avoir rencontré Labonté pour lui faire part de son désaccord.

«Je lui ait dit: «Si tu veux que ce soit Busac qui fasse le projet, je me retire et that's it. On ne va pas commencer à donner des contrats à qui tu veux.» Là, il a paniqué... C'en est resté là.»

Demande d'embauche

En 2006, Labonté aurait également contacté Yaccarini pour lui demander d'embaucher Pierre D'Amours, un membre de sa garde rapprochée. Celui-ci est devenu son chef de cabinet en janvier 2007. Il a quitté ce poste en août dernier.

«Il m'a téléphoné pour me demander de le mettre sur mon payroll, de le payer et qu'en échange, j'aurais une subvention d'un programme de revitalisation», a-t-il affirmé.

«Évidemment j'ai refusé, j'ai patiné, j'ai dit que c'était compliqué... je voulais m'en sortir... Par la suite, j'en ai parlé avec Pierre et il m'a dit qu'il n'était pas au courant du tout de cette démarche.»

«Ce qu'il faut comprendre, ajoute-t-il, c'est qu'à ce moment-là il est au Comité exécutif de la Ville comme responsable de la culture. J'ai des projets que j'ai développés sous des initiatives à lui.»

Joint par La Presse, Pierre D'Amours a affirmé qu'il n'avait jamais eu vent de cette affaire.

«Je n'ai jamais entendu parler de ça ni de la bouche de Yaccarini, ni de la bouche de Labonté», a-t-il déclaré.

Par ailleurs, le président de la SDA affirme qu'il n'a jamais entendu parler d'un système de ristournes sur les contrats octroyés par la Ville de Montréal.

«Le fait que l'on ait un conseil d'administration formé de toutes sortes de monde nous met à l'abri de ce genre de pression. Je vous avoue que je suis très étonné», a-t-il expliqué.

«L'histoire du 3%, je n'ai jamais entendu parler de ça, ni de M. Trépanier... Je ne dis pas que ça ne se fait pas, mais de dire que ça se fait de façon organisée, institutionnelle, je serais très surpris.»

Rappelons que Benoit Labonté a quitté l'équipe de Gérald Tremblay en septembre 2007 à la suite d'un désaccord survenu dans le dossier du Quartier des spectacles.

Benoit Labonté ne nous a pas rappelé hier.