Le maire de Montréal, Gérald Tremblay, nie les graves allégations faites par Benoit Labonté à Radio-Canada, les réduisant à de simples «insinuations sans fondement». Si M. Labonté a des faits, a déclaré M. Tremblay tard en soirée hier, «qu'il fasse ce que j'ai fait moi, et qu'il aille voir la police».

Mis à jour le 23 oct. 2009
Katia Gagnon LA PRESSE

«Il y a quelques jours, avec beaucoup d'assurance, Benoit Labonté a dit des choses à Louise Harel, à ses collègues, aux journalistes et à la population. Ce soir, avec autant d'assurance, il colporte des rumeurs qui comportent beaucoup de ouï-dire. Quand il a quitté notre formation politique, s'il avait des preuves, il n'avait qu'à le dire à la police. Il ne l'a pas fait. Je peux comprendre qu'il soit dans un état d'esprit particulier, mais je ne peux pas tolérer qu'il insinue que je cautionnais un système illégal. Benoit Labonté a des choses à se reprocher, qu'il assume ses responsabilités», a dit M. Tremblay aux journalistes.Est-ce que Bernard Trépanier était le bagman d'Union Montréal? «M. Trépanier a quitté notre formation politique en 2006 après l'élection», a répondu le maire. Est-ce qu'il percevait auprès des entreprises, des ristournes? «J'avais donné des directives, toutes les sommes d'argent devaient respecter les dispositions de la loi. Le DGE a vérifié pendant huit ans les finances de notre parti et il n'a jamais eu le moindre reproche à nous faire.»

Bernard Trépanier joue-t-il encore un rôle à Union Montréal? «Du tout. Il n'est pas avec Union Montréal. Après l'élection de 2005, il a quitté parce qu'on n'avait plus besoin de ses services. S'il fait encore des choses, il les fait strictement à titre de bénévole, il ne les fait plus pour le parti.»

Le maire reconnaît avoir eu une conversation en face à face avec M. Labonté au sujet d'un système de ristourne. «J'ai fait les vérifications et on m'a confirmé qu'il n'y avait aucun fondement à ces rumeurs.»

Il nie cependant lui avoir répondu, comme le dit M. Labonté, qu'«en politique municipale à Montréal, c'est juste de ça». Le maire affirme avoir répondu à M. Labonté que «des rumeurs, dans le monde municipal, on en entend beaucoup».

La numéro deux d'Union Montréal, Diane Lemieux, a elle aussi chargé Benoit Labonté avec beaucoup de vigueur. «Je suis sonnée, mais pas pour les mêmes raisons. Rien n'est documenté là-dedans, a-t-elle lancé à l'émission 24/60 de RDI. Benoit Labonté a été pris la main dans le sac, il a menti effrontément. Il s'est mis dans le trouble. Je ne discrédite pas Benoit Labonté, mais il faut des documents. On ne va tout de même pas en faire un héros!»

Diane Lemieux a cependant reconnu que «l'air ambiant est pourri» en politique municipale. «Oui, il y a de la collusion. Oui, il y a des vautours autour des partis politiques. On va documenter tout ça.» Avec une enquête publique? a demandé l'animatrice. «Oui», a répondu Mme Lemieux. D'un même souffle, la numéro deux du parti de Gérald Tremblay s'est cependant dite convaincue que «la maison est propre» à Union Montréal. «Le ménage se fait», a-t-elle ajouté.

La chef de Vision Montréal, Louise Harel, n'a pas réagi aux révélations faites par Benoit Labonté. Pierre Lampron, le nouveau numéro deux de son parti, a cependant commenté ces allégations avec prudence. «Ce qui est révélé aujourd'hui, c'est pire que tout ce qu'on pouvait imaginer. Ça va prendre une volonté sans faille et beaucoup de courage pour mettre fin à ça.» Mais Louise Harel a-t-elle fait de l'aveuglement volontaire dans le cas de Benoit Labonté? «Dès qu'elle a compris que ce type mentait, elle l'a mis dehors», a dit M. Lampron.

De son côté, le chef de Projet Montréal, Richard Bergeron, a souligné qu'à son avis, il était possible de faire de la politique municipale autrement. «Ce que M. Labonté a dit, c'est ce qu'on a toujours cru savoir. On a toujours entendu que la politique se faisait comme ça. Mais contrairement à ce qu'il dit, il y a moyen de faire de la politique municipale autrement. Si je deviens maire, on va y accéder en faisant de la politique comme elle devrait se faire.»