Dans une lettre ouverte publiée aujourd'hui dans nos pages, le président de la Fraternité des policiers et policières de Montréal critique sévèrement l'annonce du Parti conservateur en faveur d'un durcissement de la Loi sur les jeunes contrevenants.

Hugo Meunier LA PRESSE

Le président du syndicat, Yves Francoeur, se joint aux nombreux opposants à cette promesse électorale dévoilée lundi par Stephen Harper. Rappelons que le premier ministre, s'il est réélu, souhaite remplacer la Loi sur le système de justice pénale pour les adolescents (LSJPA) par des mesures plus dures.

 

Parmi ces mesures, la possibilité d'imposer des peines de prison à perpétuité à des jeunes de 14 ans et plus reconnus coupables de meurtre, avec ou sans préméditation. Compte tenu de la définition différente du jeune contrevenant dans la législation québécoise, cette nouvelle mesure s'appliquerait ici aux 16 ans et plus.

Dans sa lettre, adressée directement au premier ministre, M. Francoeur dénonce l'incohérence de la proposition des conservateurs. «Comment prôner le durcissement des lois contre les jeunes contrevenants et, en même temps, laisser à l'abandon le registre des armes à feu?» s'est interrogé le président du syndicat, joint hier en soirée.

Le Parti conservateur souhaite également autoriser la publication des noms des jeunes contrevenants reconnus coupables d'infractions violentes, comme un meurtre, une tentative de meurtre ou une agression sexuelle.

Toutes ces mesures ne collent nullement à la réalité québécoise, croit M. Francoeur. «Au Québec, intervenants sociocommunautaires et policiers travaillent ensemble depuis longtemps pour éviter que la judiciarisation des dossiers des jeunes contrevenants ne devienne pour eux un handicap pour la vie», écrit-il.

M. Francoeur accuse le premier ministre d'être un idéologue. «On est d'accord avec un durcissement des peines et des conditions de libération conditionnelle, mais il faut aussi essayer de balancer les choses et trouver des solutions avant d'adopter des mesures draconiennes.»

Même si le modèle de police communautaire a été écorché depuis les événements de Montréal-Nord, Yves Francoeur estime qu'elle doit demeurer l'approche à privilégier. «Des jeunes de 14, 15, 16 ou 17 ans ne méritent pas qu'on les enferme en prison pendant 25 ans et qu'on jette ensuite la clé», croit M. Francoeur.

Au Québec, l'âge de la responsabilité criminelle s'applique dès l'âge de 12 ans, mais la peine de prison à vie ne peut être imposée aux mineurs.

«Le 14 octobre, monsieur le premier ministre, vous n'aurez pas mon vote!» conclut M. Francoeur.