Le Québécois ou Canadien moyen n'a aucune sympathie pour les artistes qui défilent dans des galas subventionnés pour réclamer plus de subventions, estime Stephen Harper.

Mis à jour le 23 sept. 2008
Hugo de Grandpré LA PRESSE

Le chef conservateur a fait cette déclaration à Saskatoon, où il a pour la première fois haussé le ton face à ceux qui le blâment pour avoir autorisé des coupes de près de 45 millions de dollars dans des programmes fédéraux destinés à aider le monde culturel.Selon M. Harper, l'électeur moyen comprend qu'il doive gérer la bourse de l'État avec prudence en situation d'incertitude économique, même si cela signifie «des coupures de quelques millions de dollars dans quelques programmes».

«Je pense que les Québécois ordinaires, comme les Canadiens ordinaires, le comprennent», a-t-il dit en conférence de presse en Saskatchewan.

«Quand des travailleurs canadiens ordinaires reviennent à la maison, allument la télévision et voient une fille ou un groupe de gens à un gala riche entièrement subventionné par l'argent des contribuables, et qui disent que leurs subventions ne sont pas assez élevées, quand ils savent qu'elles ont augmenté... Je ne suis pas certain que cela trouve écho auprès des gens ordinaires.»

L'équipe de communications du chef conservateur a précisé que leur patron faisait allusion au gala des Gémeaux, la semaine dernière, lorsque plusieurs personnes présentes ont pris publiquement position contre les décisions du gouvernement Harper.

Mais en cette campagne électorale, le fonds du message reste clair : aux yeux de Stephen Harper, l'enjeu n'influence qu'une mince partie de l'électorat et ne devrait pas avoir d'effets aux urnes, le 14 octobre.

Cette déclaration rejoint des propos tenus plus tôt dans la campagne par des candidats conservateurs, dont la candidate de la circonscription de Québec, Myriam Taschereau, qui a déclaré que les artistes étaient gâtés.

La ministre de la Culture, Josée Verner, a invité le gouvernement du Québec à faire sa part dans le financement culturel plutôt que de blâmer Ottawa.

M. Harper a refusé d'aller aussi loin, mercredi. Il a même refusé de répéter sa déclaration sur le «gala riche» en français, bien qu'une journaliste lui ait demandé de le faire.

Il n'a toutefois pas manqué d'attaquer ses adversaires politiques, dont le NPD. Le parti de Jack Layton a lancé une nouvelle publicité où il accuse les conservateurs de tuer la culture.

«Voilà une publicité fausse et extrême d'un parti sans un programme sérieux de gouverner le pays. Ce sont des belles paroles. C'est la même chose pour le Bloc», a-t-il dit.

Quant au Parti libéral: «Il se plaint des coupures de quelques millions de dollars dans quelques programmes. Mais le parti libéral a un trou noir dans on propre budget de 12 milliards de dollars dans son propre programme. On peut éliminer tout le ministère du Patrimoine avec les libéraux et il y aurait encore un trou noir dans le budget», a fait valoir Stephen Harper.

«Avec ces propositions des libéraux, on va avoir des plus grandes coupures et des déficits.»

Or, que l'enjeu ait une résonnance ou non auprès du Canadien moyen, ce n'est sans doute pas la dernière fois que l'on en entend parler d'ici au 14 octobre. Une grande manifestation est prévue ce soir au Club Soda, où Michel Rivard, Ariane Moffat et Vincent Gratton, entre autres artistes, monteront sur les planches pour exprimer leur opposition.