En faisant élire un nombre record de 58 députés au Québec, le Nouveau parti démocratique (NPD) de Jack Layton a hérité «d'une charge énorme sur les épaules» qu'il entend bien honorer, a promis Thomas Mulcair à l'occasion de sa première sortie publique depuis sa réélection.

Mis à jour le 3 mai 2011
Karim Benessaieh LA PRESSE

Le député d'Outremont et lieutenant québécois du NPD annonce du même souffle que son parti «va livrer la marchandise» en proposant des mesures concrètes pour respecter la reconnaissance du Québec en tant que nation.

Flanqué d'une demi-douzaine de ses nouveaux députés dans son local électoral de l'avenue Van Horne, dans Outremont, M. Mulcair a notamment promis de revenir à la charge concernant l'usage du français dans les entreprises sous la juridiction du code fédéral du travail, comme les banques et les aéroports.

Il a également annoncé que le projet de loi du député Yvon Godin faisant du bilinguisme un critère obligatoire pour la nomination des juges de la Cour suprême serait ressuscité lors de la prochaine session parlementaire.

Sans rouvrir la constitution

«Nous allons relever avec sérieux et humilité le défi que nous ont confié les Québécois, a déclaré M. Mulcair. On va mettre le gouvernement au défi d'agir, nous allons déposer des propositions concrètes pour donner un contenu réel à la reconnaissance du Québec comme nation. On a une obligation de résultat, on compte livrer la marchandise.»

Toutes ces mesures peuvent être réalisées sans rouvrir la constitution, a-t-il précisé, simplement par des aménagements législatifs.

Le lieutenant québécois de Jack Layton a dû faire face à un barrage de questions sur le peu d'expérience de l'écrasante majorité de ses députés élus lundi soir. Il a assuré qu'«objectivement », son équipe offrait une comparaison tout à fait respectable avec les bloquistes qui ont été délogés. «Regardez bien, honnêtement et sans parti pris, les 58 députés élus hier. Avec des nouveaux venus, des gens d'expérience dont je suis extrêmement fier, des avocats, des notaires, des gens d'affaires ou du milieu communautaire, des jeunes avec une énergie et des expériences nouvelles.»

Il a notamment dû défendre sa candidate unilingue anglophone de Berthier-Maskinongé, Ruth Ellen Brosseau, partie en vacances à Las Vegas. Elle était absente cet après-midi lors du point de presse. M. Mulcair a reconnu que son niveau de français était «inadéquat et rudimentaire» pour représenter convenablement ses commettants et a assuré qu'il serait fonctionnel d'ici quatre ans. «J'assume la responsabilité de la circonscription de Mme Brosseau en tant que lieutenant. Elle va maîtriser le français et va disposer de toutes les ressources du parti pour l'aider.» Il a cependant assuré, avec un certain agacement, qu'il s'agissait du seul député québécois du NPD dans cette situation.

Une campagne «positive»

Le représentant d'Outremont n'a cependant pas donné la garantie que les députés néo-démocrates allaient habiter dans la circonscription dans laquelle ils ont été élus. Citant sa propre expérience, il a rappelé qu'il n'habitait pas dans la circonscription d'Outremont mais se targuait d'être un député bien présent. «Ça n'a jamais été un problème. Dans la vraie vie, personne ne s'en est jamais plaint.»

Moins d'une douzaine d'heures après l'énorme surprise qui a chamboulé la donne politique au Québec, M. Mulcair a analysé la réaction des électeurs comme étant un appel au changement. «Les Québécois ont été déçus par les conservateurs qui leur ont promis de réintégrer la constitution dans l'honneur et l'enthousiasme. Ils ont été bernés par les libéraux.» De façon plus positive, il croit que les Québécois ont apprécié le programme et la vision de Jack Layton. «Quand les autres nous attaquaient, nous répondions que nous voulions nous attaquer à la pauvreté chez les aînés. Nous n'étions pas «anti» quelque chose, nous proposions quelque chose. Je laisse les «anti» qui ont fait une campagne «anti» se débrouiller pour expliquer avec ça.»

Avec une certaine lucidité, il reconnaît que la structure du NPD est à bâtir presque complètement, même s'il estime que la «charpente» est déjà en place. «C'est une question de mois, et non de semaines, avant que nous ayons la bonne structure. Dans le contexte d'un gouvernement majoritaire, nous disposons cependant d'au moins quatre ans pour cela.»