Le Parti conservateur de Stephen Harper a réussi, après trois tentatives, à remporter une majorité hier aux élections, marquées par l'ascension fulgurante du NPD et par l'effondrement total du Bloc québécois. Le Parti libéral a aussi encaissé la pire défaite de son histoire.

Mis à jour le 3 mai 2011
Joël-Denis Bellavance LA PRESSE

Autre fait saillant de la soirée, le Parti vert entre à la Chambre des communes pour la première fois de son existence avec la victoire de sa chef, Elizabeth May, contre le ministre d'État responsable du sport amateur, Gary Lunn, dans Saanich-Gulf Islands, en Colombie-Britannique.

Au moment de mettre sous presse, le Parti conservateur avait remporté la victoire ou était en avance dans 166 circonscriptions, et le NPD avait remporté la victoire ou était en avance dans 104 circonscriptions. La présence du Parti libéral était réduite à 34 sièges. Le Bloc, presque anéanti, avait remporté la victoire dans trois circonscriptions seulement. Du coup, le Bloc perd son statut de parti reconnu à la Chambre des communes (minimum de 12 sièges), et son avenir comme formation politique est sérieusement compromis.

Les Canadiens se donnent donc le premier gouvernement majoritaire depuis les élections de 2000 après avoir opté pour trois gouvernements minoritaires de suite en sept ans.

Au Québec, le NPD, qui ne comptait que le député Thomas Mulcair, a fait des gains substantiels aux dépens du Bloc québécois, qui a encaissé une défaite cinglante. Pour la première fois depuis 1993, les électeurs ont tourné le dos massivement au Bloc québécois pour appuyer les troupes de Jack Layton, qui deviendra le chef de l'opposition officielle. Près de 60% de la députation néo-démocrate est issue du Québec.

Même le chef bloquiste, Gilles Duceppe, a été rejeté par les électeurs de Laurier-Saint-Marie, qui ont choisi la néo-démocrate Hélène Laverdière. M. Duceppe a immédiatement annoncé sa démission comme chef du parti. Le chef du Parti libéral, Michael Ignatieff, a aussi été défait par le conservateur Bernard Trottier dans sa circonscription d'Etobicoke Centre. Malgré sa défaite, il s'est dit prêt à relever le défi de reconstruire le parti si les militants le souhaitent.



Pire résultat pour le Bloc

Au Québec, le NPD a fait le plein de votes, comme le prévoyaient les sondages, en remportant la victoire ou en étant en avance dans 59 des 75 circonscriptions. Le Parti conservateur et le Parti libéral n'avaient plus que six sièges chacun. Le Bloc québécois arrivait loin derrière avec quatre sièges seulement au moment de mettre sous presse.

Le pire résultat obtenu par le Bloc québécois était de 38% des suffrages en 1997 et en 2008. Mais la division du vote fédéraliste avait permis au parti souverainiste de récolter 44 et 47 sièges respectivement lors de ces deux scrutins.

Trois ministres conservateurs ont mordu la poussière: le ministre des Affaires étrangères, Lawrence Cannon, la ministre des Affaires intergouvernementales, Josée Verner, et le ministre des Anciens Combattants, Jean-Pierre Blackburn.

Le Québec sera donc fortement sous-représenté dans le gouvernement Harper, réélu pour un mandat maximal de cinq ans. Stephen Harper devra trouver un moyen d'assurer une représentation adéquate du Québec au Conseil des ministres en nommant des sénateurs ou en tendant une perche à l'un des cinq députés libéraux élus de la province.

Les stratèges libéraux étaient convaincus, en provoquant des élections fédérales au printemps, de pouvoir faire des gains et empêcher les conservateurs d'obtenir la majorité qui leur échappait depuis 2006.

De toute évidence, ils ont perdu leur pari et encaissé un revers historique. Les libéraux devront maintenant entreprendre une difficile reconstruction qui pourrait prendre quelques années. Certains observateurs estiment que le Parti libéral n'aura pas le choix de fusionner avec le NPD pour espérer reprendre le pouvoir au jour.

Un parti doit remporter au moins 155 sièges à la Chambre des communes pour former un gouvernement majoritaire. Les Canadiens ont élu un gouvernement minoritaire en 2004, en 2006 et en 2008. Il s'agit de la plus longue période de gouvernement minoritaire dans l'histoire du pays.

Photo: Patrick Sanfaçon, La Presse

Le chef du Bloc québécois, Gilles Duceppe, a annoncé qu'il quittait la tête du parti à ses militants réunis au Théâtre Telus.