Le Québec voit orange. À quelques heures d'un scrutin qui s'annonce historique, le NDP récolte l'appui de presque un électeur québécois sur deux, loin devant le Bloc québécois qui régnait pourtant en maître dans la province depuis 1993.

Mis à jour le 30 avr. 2011
Joël-Denis Bellavance LA PRESSE

Les Québécois s'apprêtent donc à prendre un virage important aux élections fédérales de lundi, lesquelles modifieront considérablement la donne politique non seulement au Québec, mais dans l'ensemble du pays.

Un dernier coup de sonde avant le jour du vote réalisé par la firme Angus Reid pour le compte de La Presse et du Toronto Star confirme donc que le NPD a le vent dans les voiles.

Ce coup de sonde donne aux troupes néo-démocrates de Jack Layton 45% des appuis au Québec, contre 26 % au Bloc québécois, 16% au Parti libéral et 13% au Parti conservateur. Depuis le début de la campagne, les appuis au NPD ont donc plus que doublé.

À l'échelle du pays, le Parti conservateur se maintient en tête avec 37% des intentions de vote, une hausse de deux points de pourcentage par rapport au dernier sondage mené il y a 10 jours. Le NPD voit ses appuis bondir de trois points pour se fixer à 33%. Le Parti libéral encaisse le coup. Ses appuis, qui étaient à 22%, tombent sous la barre des 20% pour la première fois de son histoire et sont maintenant à 19%.

La vague orange qui a débuté au Québec commence à se répandre en Ontario et en Colombie-Britannique. En Ontario, le Parti conservateur mène avec 41% et le NPD arrive deuxième à 27% pour la première fois de la campagne, un point de mieux que le Parti libéral. En Colombie-Britannique, on assiste à une lutte à deux entre les conservateurs (42%) et les néo-démocrates (39%). Les libéraux n'obtiennent que 12%.

Résultat: le Parti libéral, qui a dirigé le pays pendant les trois quarts du dernier siècle, encaisse une saignée de ses appuis sur le flanc droit au profit du Parti conservateur et une saignée de ses appuis sur le flanc gauche au profit du NPD.

Fait intéressant, seulement 57% des électeurs qui ont appuyé le Parti libéral en 2008, alors dirigé par Stéphane Dion, comptent en faire autant lundi. Près du tiers des Canadiens qui ont voté pour les libéraux au dernier scrutin se rangent maintenant derrière le NPD.

Le Parti conservateur est donc en bonne posture pour former à nouveau le gouvernement après les élections, mais il faudra attendre pour savoir s'il sera majoritaire ou minoritaire. Mais le NPD remplacera le Parti libéral en tant qu'opposition officielle, ce qui changera la nature des débats à la Chambre des communes.

Pour le vice-président de la firme Angus Reid, Jaideep Mukerji, l'affaiblissement du Parti libéral durant la présente campagne électorale est sans précédent.

Il a ajouté que les appuis au Parti conservateur sont en train de se consolider en fin de campagne, alors qu'ils avaient commencé graduellement à diminuer il y 10 jours.

«Le Bloc québécois a perdu énormément de votes depuis le début de la campagne, mais ceux qui restent sont tout de même déterminés à aller voter lundi. Mais à 26%, on ne sait pas encore s'il a atteint le fond du baril», a commenté M. Mukerji.

Cela dit, le sondeur a dit n'avoir jamais vu un tel revirement de situation dans une campagne électorale sur la scène fédérale. «C'est incroyable! (...) Le NPD a vu ses appuis monter en flèche et cela ne s'est pas estompé de la campagne», a-t-il dit.

Le sondage a été mené en ligne auprès de 3003 Canadiens entre le 28 et le 29 avril. La marge d'erreur est de plus ou moins 1,8%, 19 fois sur 20. Au Québec, 705 personnes ont été sondées, ce qui donne une marge d'erreur de plus ou moins 3,7%. En Ontario, l'échantillon était de 1113 répondants et la marge d'erreur est de plus ou moins 2,9%.