Le NPD est en voie de réduire considérablement les chances du Parti conservateur de former un gouvernement majoritaire et de ravir plusieurs sièges au Bloc québécois au Québec.

Mis à jour le 27 avr. 2011
Joël-Denis Bellavance LA PRESSE

Les troupes de Jack Layton arrivent désormais au deuxième rang dans les intentions de vote au pays et sont solidement installées en tête au Québec, démontre un sondage Angus Reid réalisé pour le compte de La Presse et du Toronto Star les 25 et 26 avril auprès de 2040 répondants.

À l'échelle du pays, le Parti conservateur mène avec 35% des voix, un recul d'un point de pourcentage depuis le dernier coup de sonde, la semaine dernière. Le NPD continue de grimper dans les intentions de vote et récolte maintenant 30% - un bond spectaculaire de 5 points en 10 jours. Le Parti libéral, malgré une bonne campagne de son chef Michael Ignatieff, doit se contenter du troisième rang avec 22% - un recul de 3 points et un score jamais vu dans les sondages.

C'est véritablement le Québec qui donne des ailes au NPD. Dans la province, les néo-démocrates obtiennent 38% des appuis, loin devant le Bloc québécois qui voit ses appuis fondre à 29% - un seuil historique.

Les nouvelles sont pires encore pour les libéraux au Québec où ils n'obtiennent que 16% des intentions de vote. Elles le sont tout autant pour les conservateurs de Stephen Harper, qui arrivent au quatrième rang avec 14%.

L'avance du NPD dépasse la marge d'erreur qui est de 4,4 points de pourcentage au Québec, où 555 personnes ont été interrogées. À l'échelle du pays, 2040 personnes ont répondu aux questions en ligne de la firme Angus Reid, ce qui donne une marge d'erreur de 2,2 points de pourcentage, 19 fois sur 20.

Le NPD se dirige donc vers une percée historique au Québec, lui qui ne détenait qu'un seul des 75 sièges de la province à la dissolution du Parlement. Le Bloc québécois y comptait pour sa part 47 sièges, le Parti libéral, 14 sièges, le Parti conservateur, 11 sièges, et il y avait 1 député indépendant, André Arthur.

Fait intéressant, 27% des électeurs qui ont appuyé le Bloc au scrutin d'octobre 2008 ont l'intention de voter pour le NPD lundi.

Si ces résultats se confirment le 2 mai, jour des élections, le NPD peut espérer former l'opposition officielle et Jack Layton pourra déménager ses pénates à Stornoway, la résidence du chef de l'opposition. Les conservateurs de Stephen Harper risquent aussi de voir leurs chances de former un gouvernement majoritaire leur glisser entre les mains pour la troisième fois de suite, à moins d'un bond dans les intentions de vote d'ici à la fin de la semaine. En général, un parti doit obtenir environ 40% des suffrages pour former un gouvernement majoritaire.

Signe de l'inquiétude grandissante dans les rangs du Bloc québécois, le candidat bloquiste dans Rosemont-La Petite-Patrie, Bernard Bigras, tiendra une conférence de presse ce matin en compagnie du président du Conseil de la souveraineté du Québec, Gérald Larose, et d'autres candidats de la région de Montréal «pour lancer un appel au vote» auprès des Québécois. Cette conférence de presse interviendra 48 heures après la sortie de l'ancien premier ministre Jacques Parizeau en faveur du Bloc québécois et de la souveraineté.

La montée spectaculaire des appuis au NPD au Québec semble d'ailleurs commencer à se répandre en Ontario, la province la plus populeuse du pays qui compte 106 des 308 sièges à la Chambre des communes. Le Parti conservateur demeure en tête dans cette province à 37%, suivi du Parti libéral à 30%, mais le NPD gagne des appuis. Il récolte maintenant 27%.

Pour le sondeur Jaideep Mukerji, vice-président chez Angus Reid, il est clair que la montée du NPD n'est pas un feu de paille.

«De voir le NPD à 30% à l'échelle nationale et le Parti libéral à 22%, c'est étonnant. Mais ce qui est captivant aussi, c'est que l'appui au NPD est en train de se solidifier. Au début de la campagne, ces appuis étaient fragiles, mais en ce moment, ces appuis se consolident», a dit M. Mukerji.

Toutefois, il note que le NPD est particulièrement populaire chez les jeunes électeurs, une frange de l'électorat qui a tendance à se rendre aux urnes en moins grand nombre que les autres électeurs. Il obtient plus du tiers des appuis, soit 37%, des électeurs âgés de 18 à 34 ans.

«Si ces électeurs vont effectivement voter, cela va vraiment permettre au NPD de faire une grande percée. Cela va changer la configuration à la Chambre des communes», a dit le sondeur, qui refuse de se hasarder à faire une projection des sièges pour les différents partis politiques.