Au début de la campagne, le chef du Bloc québécois, Gilles Duceppe, se disait ouvert à l'idée d'appuyer une coalition de partis fédéralistes qui serait en mesure de déloger les conservateurs de Stephen Harper du pouvoir après les élections du 2 mai.

Mis à jour le 26 avr. 2011
Joël-Denis Bellavance LA PRESSE

Mais sa virulente sortie en fin de semaine selon laquelle le scrutin du 2 mai «n'est pas une lutte gauche-droite, mais une lutte entre fédéralistes et souverainistes, entre le Canada et le Québec», a refroidi les espoirs sur cette option, selon les stratèges des autres partis.

M. Duceppe a fait cette sortie sur son compte Twitter samedi. Mais quelques minutes plus tard, il a modifié ses propos en remplaçant «entre le Canada et le Québec» par la phrase «Entre les partis de la majorité canadienne et le Québec».

Coalition

Dans son programme électoral, le parti de Gilles Duceppe affirme noir sur blanc que «dans l'éventualité d'un Parlement sans majorité parlementaire, le Bloc québécois se réserve la possibilité de soutenir une coalition de partis politiques, et ce, dans la mesure où le respect des valeurs québécoises est garanti».

Alors qu'il affirmait en début de campagne que le Bloc québécois était le seul parti capable d'empêcher Stephen Harper d'obtenir une majorité conservatrice à la Chambre des communes, M. Duceppe a changé son discours pour contrer l'effet Jack Layton après les débats des chefs en invitant les électeurs progressistes du Québec à ne pas éparpiller leurs votes.

Cette manoeuvre n'a pas eu l'effet escompté, même si Duceppe a qualifié la montée du NPD de mirage. Et depuis trois jours, le chef bloquiste a décidé de jouer le tout pour le tout pour stopper la chute de son parti dans les sondages au profit du NPD à quelques jours du scrutin du 2 mai.

Appel lancé aux purs et durs

M. Duceppe fait maintenant appel aux souverainistes purs et durs afin de s'assurer que le Bloc québécois puisse terminer la soirée électorale avec la majorité des 75 sièges au Québec, comme il a réussi à le faire depuis 1993.

D'autres candidats bloquistes suivent cette nouvelle stratégie. Hier, le candidat bloquiste dans Gatineau, Richard Nadeau, a accusé le Parti conservateur, le Parti libéral et le NPD de bafouer les intérêts du Québec.

«Seul le Bloc fait avancer les dossiers du Québec. PC-PLC-NPD, ayant surtout des candidats unilingues anglos, ne se gênent pas pour faire reculer le Qc. Exemple: Loi 101, seul le Bloc veut que les Québécois puissent travailler en français dans les jobs fédérales (sic)», a affirmé hier M. Nadeau, sur son compte Twitter.

M. Nadeau mène une dure bataille pour conserver son siège de Gatineau, où la candidate du NPD Françoise Boivin pourrait causer une surprise le 2 mai.

La nouvelle stratégie du Bloc québécois n'a pas impressionné les autres partis.

«Contrairement à ce que pense M. Duceppe, les Québécois n'ont pas à choisir entre le Québec et le Canada durant cette élection, mais plutôt entre le gouvernement antidémocratique et régressif de Stephen Harper et l'option progressiste et démocratique que serait un gouvernement libéral», a affirmé Marc Roy, stratège libéral.

Pour leur part, les conservateurs ont soutenu que la priorité des Québécois demeure l'économie et non pas les chicanes constitutionnelles. «M. Duceppe tire dans toutes les directions. Mais nous sommes déterminés à nous concentrer sur l'économie et la création d'emplois, la priorité des Québécois de toutes les régions», a affirmé Carl Vallée, stratège conservateur.