Le Parti conservateur caracole toujours en tête dans les intentions de vote à l'échelle du pays malgré un début de campagne difficile.

Joël-Denis Bellavance LA PRESSE

Mais un premier bouleversement politique apparaît sur les radars de la maison de sondage Angus Reid au Québec: le NPD supplante maintenant le Parti libéral et le Parti conservateur dans les appuis dans la province pour la première fois de son histoire et arrive deuxième derrière le Bloc québécois.

Selon ce dernier coup de sonde, le Parti conservateur obtient 38% des intentions de vote au pays, un point de pourcentage de moins qu'au début de la campagne. Les conservateurs doivent donc dénicher d'autres appuis pour obtenir une majorité des 308 sièges aux Communes le 2 mai, le seuil magique pour former un gouvernement majoritaire étant généralement de 40% et plus.

Le Parti libéral voit ses appuis grimper de deux points de pourcentage pour s'établir à 27%. Le NPD se voit créditer de 21% des intentions de vote au pays, une hausse de deux points également.

Mais c'est au Québec que le portrait semble avoir le plus changé depuis le début de la campagne. Le Bloc québécois est toujours en tête, mais voit ses appuis passer de 36% à 34% en deux semaines. Si le chef bloquiste Gilles Duceppe attaque surtout les conservateurs dans ses discours, il doit maintenant se méfier d'un nouvel adversaire qui apparaît dans son rétroviseur. Le NPD récolte en effet 24% des appuis, un bond de 4 points depuis le début de la bataille électorale.

Le Parti conservateur arrive au troisième rang avec 19% tandis que le Parti libéral doit se contenter du quatrième rang avec 18%.

Une vague... fragile

Pour le sondeur Jaideep Mukerji, le NPD semble profiter d'une vague de mécontentement des électeurs envers les partis fédéralistes traditionnels, bien que les troupes de Jack Layton aient aussi été en mesure de soutirer des appuis au Bloc québécois au passage.

«Il semble que le NPD profite d'une dynamique différente au Québec qu'ailleurs au pays. En général, au Québec, il y a un mécontentement envers la classe politique tant au provincial qu'au fédéral. Au fédéral, il y a un désir de changer le statu quo. L'image du Parti libéral est encore ternie à la suite du scandale des commandites. Le Parti conservateur n'est pas nécessairement ce que les gens pensaient au départ. Donc, les électeurs regardent maintenant du côté du NPD», a analysé M. Mukerji.

Fait à noter, l'appui au NPD oscille autour de 20% depuis septembre dernier au Québec dans tous les sondages comportant un échantillonnage important. Dans le coup de sonde réalisé par Angus Reid, le NPD atteint donc un sommet inégalé dans son histoire dans la province.

Au moment de la dissolution du Parlement, le Bloc québécois détenait 47 des 75 sièges du Québec à la Chambre des communes contre 14 sièges au Parti libéral, 11 sièges au Parti conservateur et 1 siège au NPD (Thomas Mulcair dans Outremont.) Il y avait aussi un député indépendant (André Arthur dans Portneuf) et un siège vacant.

Cela dit, les 24% d'appuis au NPD pourraient ne pas se traduire par une récolte importante de sièges au Québec, a tenu à souligner M. Mukerji. Il a précisé que les appuis au NDP demeurent quand même fragiles car 50% des gens qui se disent prêts à appuyer un candidat néo-démocrate pourraient encore changer d'avis d'ici au 2 mai.

«Le NPD connaît un bon début, mais cela demeure fragile. Si les gens croient que le Parti conservateur risque de former un gouvernement majoritaire, ses appuis pourraient s'effriter dans une certaine mesure», a dit le sondeur.

«Et malgré le fait que le NPD voie ses appuis augmenter, cela ne veut pas dire qu'il sera capable d'aller chercher d'autres sièges. Ses appuis semblent être trop diffus dans la province pour le moment», a-t-il ajouté.

Le Parti conservateur a remporté 10 sièges au dernier scrutin (et un 11e lors d'une partielle en 2009) avec 21,74% des suffrages au Québec, mais il a profité du fait que ses appuis sont largement concentrés dans la ville de Québec.

Dans le cas du Parti libéral, il a récolté 14 sièges, même s'il a obtenu 23,59% des voix, grâce à ses bastions sur l'île de Montréal tandis que le NPD a gagné un siège avec 12,5% des suffrages dans la province.

Ce sondage a été réalisé en ligne auprès de 2031 Canadiens les 4 et 5 avril. La marge d'erreur est de 2,2 points de pourcentage, 19 fois sur 20. Au Québec, 558 personnes ont été sondées et la marge d'erreur s'élève à 4,2 points, 19 fois sur 20.