Paul Martin est catégorique: la meilleure recette pour venir à bout d'un déficit est d'établir une cible budgétaire ferme échelonnée sur deux ans. Une telle cible impose une discipline budgétaire à l'échelle de l'appareil gouvernemental.

Mis à jour le 6 avr. 2011
Joël-Denis Bellavance LA PRESSE

L'ancien premier ministre Paul Martin donne ainsi son entière bénédiction à la plateforme libérale présentée dimanche par Michael Ignatieff. Dans cette plateforme, les libéraux s'engagent à ramener le déficit à 18 milliards de dollars d'ici deux ans, soit l'équivalent de 1% du produit intérieur brut.

M. Martin, qui a été ministre des Finances de 1993 à 2002, croit qu'un tel objectif est crédible et permettra de venir à bout de ce boulet financier d'ici 2015. C'est la formule qu'il a utilisée pour venir à bout du déficit de 42 milliards de dollars en quatre ans seulement quand les libéraux ont pris le pouvoir en 1993.

C'est également la formule qu'il a recommandée au gouvernement de David Cameron en Grande-Bretagne et à l'administration de Nicolas Sarkozy en France lors de visites dans ces deux pays au cours des derniers mois.

«La proposition contenue dans la plateforme de Michael Ignatieff est exactement la recette que nous avons suivie dans les années 90. Ramener le déficit à 1% du PIB d'ici deux ans va nous permettre de retourner à une situation budgétaire favorable», a dit M. Martin dans une entrevue accordée à La Presse.

Dans son dernier budget, le gouvernement Harper prévoit que le déficit sera de 29,6 milliards de dollars en 2011-2012 et de 19,4milliards en 2012-2013. Toutefois, le déficit pour l'exercice en cours frisera plutôt les 31,8 milliards, le Parti conservateur s'étant engagé la semaine dernière à verser d'ici le 15 septembre les 2,2 milliards de dollars que réclame le Québec pour l'harmonisation de la TPS et de la TVQ.

«La seule façon de procéder pour éliminer le déficit, c'est d'y aller par étapes en se fixant des objectifs sur deux ans. Des cibles à long terme, nous avons déjà constaté que ça ne marche pas. Il y a tellement de choses qui peuvent arriver et qui peuvent changer vos prévisions. Il n'y a donc pas de discipline budgétaire. C'est plus facile de mesurer les progrès réalisés quand on a une cible à court terme. C'est absolument fondamental», a dit M. Martin.

L'ancien premier ministre s'est aussi réjoui du fait que les libéraux proposent de rétablir une réserve pour éventualités de 3 milliards de dollars.

Reconnu comme l'un des meilleurs ministres des Finances de l'histoire du pays, M. Martin avait décidé de créer une telle réserve afin d'affronter les tempêtes économiques qui peuvent survenir durant un exercice financier sans retomber dans l'ornière des déficits. Mais les conservateurs de Stephen Harper ont décidé d'abolir ce coussin financier après leur arrivée au pouvoir.

«Je n'ai jamais compris pourquoi les conservateurs ont aboli cette réserve. Ce coussin nous permettait de surmonter les chocs économiques. Par exemple, nous avons pu encaisser le choc économique des attentats terroristes du 11 septembre 2001 sans retourner en déficit. (...) Nous étions beaucoup plus responsables que les conservateurs», a dit M. Martin.

Il a ajouté que la promesse des conservateurs d'éliminer le déficit d'ici 2015 est «peu crédible» parce que le gouvernement Harper semble miser essentiellement sur la croissance économique et n'a pas d'objectif clair à court terme. Il a rappelé que le directeur parlementaire du budget, Kevin Page, a aussi mis en doute les prévisions du gouvernement Harper en matière de déficit.

«M. Page a dit que ce n'était pas crédible. Le C.D. Howe a dit que ce n'est pas crédible, tout comme le Fraser Institute. Et le Fraser Institute n'est pas un groupe de réflexion libéral!» a-t-il dit.