Stephen Harper est revenu à la charge sur le registre des armes à feu, hier matin, réitérant son intention d'en démanteler la majeure partie. Mais même s'il est élu avec un gouvernement majoritaire, il n'a pas l'intention de s'aventurer sur le terrain de l'avortement ou du mariage entre conjoints de même sexe.

Hugo de Grandpré et Paul Journet LA PRESSE

Ce «ne sont pas des positions du parti, a affirmé le chef conservateur hier, en parlant de ces deux derniers dossiers, pourtant populaires auprès d'une partie de son électorat. Un gouvernement conservateur ne va pas toucher ces positions parce que ce ne sont pas nos priorités. Notre ordre du jour est le même ordre du jour, avec un gouvernement minoritaire ou avec un gouvernement majoritaire», a-t-il souligné.

M. Harper a fait ces déclarations dans une grange de la circonscription de Welland, dans le sud de l'Ontario, où il espère profiter du vote du député sortant pour le registre des armes d'épaule pour gagner des votes. Le néo-démocrate Malcolm Allen a gagné la circonscription par seulement 300 voix aux dernières élections.

Le candidat du NPD n'avait toutefois pas l'intention de se faire damer le pion par l'adversaire sur son propre territoire. Il s'est donc présenté à l'une des activités de M. Harper pour dénoncer ses propos auprès des journalistes. Il a notamment dénoncé l'approche du chef conservateur, qui a misé sur l'abolition du registre des armes à feu plutôt que sur l'emploi, un problème dans sa circonscription.

«Si le premier ministre veut faire un débat en face à face sur le registre des armes à feu versus les emplois dans cette région, je serai heureux de lui parler», a lancé M. Allen.

Des gains dans les régions rurales

Le Parti conservateur espère néanmoins faire des gains dans certaines régions rurales partout au Canada grâce à cet enjeu du registre des armes à feu. Ses tentatives répétées d'abolir l'obligation d'enregistrer les armes longues, comme les fusils de chasse, ont jusqu'ici toujours échoué. La dernière, cependant, l'automne dernier, a été défaite par à peine deux votes.

Ses troupes ont depuis ciblé 14 circonscriptions représentées par des libéraux ou des néo-démocrates qui, comme Malcolm Allen, se sont déjà prononcés pour l'abolition du registre, mais sont par la suite revenus sur leur position. Le Yukon et plusieurs circonscriptions du nord de l'Ontario sont ainsi visés. Les conservateurs espèrent transformer le mécontentement de chasseurs et de fermiers, notamment, en appuis le soir des élections du 2 mai. Ces derniers jugent que l'obligation d'enregistrer des armes est inutile et trop exigeante, d'autant plus qu'ils doivent aussi être titulaires d'un permis.

Le registre des armes à feu a été créé par les libéraux dans les années 90, dans la foulée de la tuerie de l'École polytechnique. La mise sur pied du programme a connu des dépassements de coûts importants. Plus de 90% des armes enregistrées sont des armes d'épaule comme des fusils de chasse. Les corps de police canadiens, dont la SQ et la GRC, sont contre l'abolition. Ils affirment qu'ils se servent du registre plusieurs fois par jour et qu'il sauve des vies.