Stephen Harper est plus résolu que jamais à  abolir les subventions aux partis politiques s'il prend la tête d'un gouvernement majoritaire. Une décision à laquelle ses adversaires sont farouchement opposés.

Hugo de Grandpré LA PRESSE

«La situation maintenant veut dire qu'il y aura toujours des élections, a-t-il fait valoir lors d'un stop à Dieppe, au Nouveau-Brunswick. Même après une élection, on est défait et le lendemain, le gouvernement donne des chèques pour la prochaine élection.»

M. Harper s'est dit prêt à considérer une période de transition de trois ans avant d'éliminer les subventions directes aux partis politiques. Il s'est même dit disposé à en discuter avec les autres chefs.

Mais il ne pourra parvenir à ses fins que s'il prend la tête d'un gouvernement majoritaire, a-t-il concédé.

Sa tentative à l'automne 2008 avait failli provoquer la chute de son gouvernement, lorsque les partis de l'opposition s'étaient ligués contre lui pour le remplacer. C'était la fameuse coalition de Stéphane Dion et de Jack Layton, appuyée par Gilles Duceppe.

Le Bloc québécois, le NPD et le Parti libéral l'avaient accusé de tenter de leurs couper les vivres, sans avoir fait campagne préalablement pour réclamer un mandat des électeurs pour le faire, à peine quelques mois auparavant.

Pour la première fois de cette campagne électorale, M. Harper a livré un vibrant plaidoyer en faveur de l'abolition de cette mesure, hier, en réponse aux questions de journalistes.

«Nous croyons que c'est structuré de manière injuste envers les contribuables, a-t-il insisté. Les contribuables ne devraient pas avoir à supporter les partis politiques qu'ils ne supportent pas. C'est le choix des gens.»

Il a déploré le fait que la subvention directe aux partis politiques leur permettait d'avoir des coffres «toujours pleins» même s'ils n'avaient pas récolté un sou auprès des électeurs.

Le Parti conservateur est de loin le parti qui récolte le plus d'argent. Ses adversaires, en revanche, ont eu de la difficulté à s'adapter aux changements entrés en vigueur depuis 2006 et qui ont graduellement coupé les contributions des entreprises et des syndicats.

La subvention directe accordée aux partis politiques par le gouvernement est de deux dollars par vote, chaque année.

«Une nouvelle attaque à la démocratie», selon Ignatieff

De passage à London, en Ontario, le chef libéral Michael Ignatieff a promis de se battre bec et ongles contre ce qui constitue selon lui «une nouvelle attaque à la démocratie canadienne».

«S'il veut une politique fondée sur le gros argent, on va résister. S'il veut une politique à l'Américaine, incluant les attaques personnelles, on va résister, a lancé M. Ignatieff.

«Nous avons un système politique canadien, qui fonctionne assez bien avec des règles, avec des nombres, avec des limites, a-t-il ajouté. Je suis ici pour défendre la démocratie canadienne, basée sur Élections Canada et toutes les règles qui restreignent l'influence du gros argent en politique.»

Selon le chef libéral, le principal problème du système démocratique actuel, c'est le non-respect des règles par le Parti conservateur de Stephen Harper.

«Il ne faut jamais oublier que c'est un parti où il y a quatre personnes accusées de fraude électorale, bon dieu», s'est insurgé M. Ignatieff.

GillesDuceppe: «Il faut financer davantage»

Gilles Duceppe a vertement dénoncé cette annonce de M. Harper. «Ça va à l'encontre de ce qui se dégage comme réflexion au Québec», soutient-il.

«De plus en plus d'observateurs et de citoyens disent qu'il faut financer davantage les partis pour qu'il y ait moins de scandales», a-t-il ajouté.

- Avec Malorie Beauchemin (à London) et Paul Journet (à Québec)