Les partis de l'opposition cherchent à déstabiliser le pays pour prendre le pouvoir en formant une coalition, accuse Stephen Harper.

Hugo de Grandpré LA PRESSE

Donnant le coup d'envoi de sa campagne électorale à Québec, samedi après-midi, le chef du Parti conservateur a continué à prêter des intentions à ses adversaires à l'égard d'une hypothétique union de leurs forces. Et cela, malgré le fait que Michael Ignatieff a déclaré le matin même que ce n'était pas ses intentions. Et malgré le fait qu'un sondage mené pour La Presse il y a quelques semaines montrait que les Québécois voyaient une telle coalition d'un oeil plutôt favorable.

« Au moment où tout le monde cherche de la stabilité, l'opposition, elle cherche à créer de l'instabilité politique ici, a-t-il dénoncé devant un parterre de partisans. À un moment où tout le monde se préoccupe de l'économie, l'opposition cherche à stopper la prochaine phase du plan d'action économique du Canada. Au contraire : l'opposition cherche désespérément à justifier la formation d'une coalition. »

Contrairement à son discours du matin sur le perron de la résidence du gouverneur général, cependant, il n'a pas demandé aux Québécois présents de donner à son parti un mandat majoritaire. Il s'est contenté de réclamer un « gouvernement stable, national, conservateur » et une « équipe conservatrice renforcée ».  

Québec après l'amphithéâtre

La visite de M. Harper dans la capitale survient au lendemain de la publication d'un sondage Segma dans Le Soleil, montrant que 43 % des gens de Québec sont d'accord avec la décision du gouvernement fédéral de ne pas financer la construction d'un amphithéâtre de hockey professionnel.

La décision avait pourtant été qualifiée de suicidaire par le maire de la ville, Régis Labeaume. La majorité des 11 sièges des conservateurs au Québec sont dans la Vieille Capitale et ses environs.

Dans la circonscription de sa ministre responsable de la région, Josée Verner, M. Harper a énuméré les investissements faits par son gouvernement dans la région.

Entrant à nouveau sur le terrain de la coalition, il est allé jusqu'à dénoncer à mots à peine couverts la promesse de son adversaire Michael Ignatieff de financer l'amphithéâtre.

« Ils vont s'entendre sur une seule chose : ils seront incapables de dire non à personne, a-t-il indiqué en parlant du Bloc québécois, du NPD et du Parti libéral. Ils vont dire oui à toutes les dépenses extravagantes. De grosses dépenses financées invariablement avec de grosses augmentations de taxes et vos impôts. »

« Les Québécois qui sont déjà trop taxés vont rejeter cette coalition », a-t-il tranché.

Guerre de mots

Ces accusations de Stephen Harper sur un plan de coalition et ses effets néfastes pour le pays ont été accueillies durement par le chef du Bloc québécois, Gilles Duceppe, plus tôt dans la journée. Document à l'appui, il a rappelé qu'en 2004 Stephen Harper avait rédigé une lettre adressée à la gouverneure générale de l'époque pour lui demander d'examiner « toutes ses options », si le gouvernement libéral de Paul Martin venait à tomber. Cette lettre était cosignée par les chefs du NPD, du Bloc et du Parti conservateur.

« En 2004, j'ai été très clair que je ne formerais pas de coalition et je ne l'ai pas fait », a tranché M. Harper samedi matin.

«Il a menti», a accusé Gilles Duceppe quelques minutes plus tard, brandissant la lettre en question.

« M. Duceppe tente de changer les faits de 2004, même sa propre histoire en 2004, pour justifier une coalition, a répliqué Stephen Harper en fin de journée. Il a choisi la porte rouge de M. Ignatieff. »

Ce n'était pas la première fois que le leader conservateur reconnaissait implicitement la légitimité d'une telle coalition. En 1997, au cours d'une entrevue au réseau TVO, il avait déclaré : « Nous allons faire face, un jour, à un gouvernement minoritaire, avec les libéraux ayant peut-être le plus grand nombre de sièges, et le test sera de savoir s'il y a un parti dans l'opposition qui soit capable de former une coalition ou une alliance avec les autres ».

« Nous avons un système politique qui va continuer à avoir trois ou quatre partis différents, ou cinq partis différents, et je pense que les partis qui veulent former le gouvernement vont devoir éventuellement apprendre à travailler ensemble », avait-il poursuivi.

Apparemment, M. Harper a depuis changé d'avis. Mais il n'était pas prêt, hier, à laisser la même latitude à Michael Ignatieff. « Lue avec attention, la déclaration de M. Ignatieff souligne clairement leur plan pour former et imposer à nouveau leur coalition imprudente de 2008, a-t-il noté. Ça ne devrait être une surprise pour personne : ils l'ont nié auparavant, pour le faire immédiatement après. Et ils vont le refaire. Voulez-vous vraiment prendre ce risque ? »

Son discours terminé, le chef conservateur a pris la route de la banlieue de Toronto, où d'autres activités l'attendent dimanche. La grande région de Toronto pourrait détenir la clé de la majorité convoitée par Stephen Harper. Il ne lui manque que 12 sièges pour y parvenir.