Le Québec risque d'être passablement affaibli à Ottawa au lendemain des élections fédérales, peu importe qui du Parti conservateur ou du Parti libéral formera le prochain gouvernement.

Joël-Denis Bellavance LA PRESSE

Car une fois que la poussière des 37 jours de campagne sera retombée, la première tâche qui incombera au premier ministre élu sera de former son cabinet.

Si le chef conservateur Stephen Harper réussit à se maintenir au pouvoir, la récolte au Québec s'annonce mince même s'il a passé une bonne partie de son règne à courtiser les Québécois dans l'espoir de faire des gains importants et de former un gouvernement majoritaire.

Le Parti conservateur détenait 11 des 75 sièges au Québec au moment du déclenchement des élections. Les stratèges conservateurs rêvaient d'y remporter de 20 à 25 sièges. Mais cette percée n'aura pas lieu, si on se fie à la panoplie de sondages publiés au cours des derniers jours.

M. Harper devra donc se tourner vers une poignée de députés conservateurs du Québec pour former son Conseil des ministres. Dans les rangs conservateurs, on ne parle plus de faire des gains à Trois-Rivières, en Abitibi, à Drummondville ou à Rivière-des-Mille-Îles. On parle plutôt de limiter les pertes au Saguenay et dans la région de Québec.

Pas de ministre pour Montréal

S'il conserve le pouvoir, le Parti conservateur n'aura probablement aucun député de la région de Montréal. Et il n'aura aucun ministre non plus. Stephen Harper a montré ses cartes à la fin de la campagne. Il est hors de question de nommer un ministre qui n'aura pas été élu, comme ce fut le cas lorsqu'il a nommé Michael Fortier au Sénat et ensuite comme ministre responsable de la région de Montréal. En somme, pas de députés, pas de ministres. Qui défendra les intérêts de la métropole à la table d'un cabinet dirigé par Stephen Harper ? Personne, semble-t-il.

Le même handicap guette le Parti libéral de Stéphane Dion. Les libéraux pourraient être absents à l'extérieur de Montréal si l'on se fie aux sondages menés dans la province. Au déclenchement des élections, le Parti libéral détenait 11 sièges. Les libéraux devraient conserver leurs acquis, mais les gains à l'extérieur de Montréal s'annoncent difficiles. Le Parti libéral pourrait ne compter aucun député de la région de Québec, de l'Estrie ou du Saguenay. Qui défendrait les intérêts de ces régions à la table d'un cabinet dirigé par Stéphane Dion ? Personne semble-t-il, à moins que le chef libéral décide de confier un ministère quelconque à un sénateur libéral. À l'heure actuelle, le Parti libéral détient 16 des 24 sièges du Québec au Sénat.

Le Bloc revigoré

De tous les partis politiques, le Bloc québécois est le seul qui sort revigoré de cette longue campagne au Québec, même si la question de l'unité nationale n'a guère été un enjeu. Le chef bloquiste Gilles Duceppe a su habilement capitaliser sur les erreurs stratégiques des conservateurs - les coupes de 45 millions de dollars dans les programmes de promotion des arts, les mesures plus sévères contre les jeunes contrevenants, la campagne publicitaire dénonçant les coûts du Bloc à Ottawa lancée par le ministre Michael Fortier, entre autres choses. Il faut dire que Gilles Duceppe a frappé sur le même clou pendant toute la durée de la campagne - la crainte des Québécois de voir Stephen Harper former un gouvernement majoritaire. Et que le chef bloquiste était pratiquement seul sur la patinoire au Québec puisque les conservateurs n'ont pas jugé bon de riposter du tac au tac à ses nombreuses attaques, même si parfois elles étaient démesurées.

Étrangement, Gilles Duceppe a eu un nouvel allié durant la campagne : le gouvernement Charest. Le premier ministre Jean Charest et ses ministres les plus influents ont multiplié les salves à l'endroit des conservateurs. En tout, M. Charest et ses ministres sont intervenus une quinzaine de fois pour critiquer les politiques de Stephen Harper - ce qui revient à une salve environ tous les deux jours. Cela a évidemment donné des munitions à Gilles Duceppe.

Le Bloc québécois est en bonne position pour remporter une majorité des 75 sièges au Québec, continuant ainsi à régner en maître dans la province depuis 15 ans. Le Bloc compte évidemment mettre sa formidable machine au service du Parti québécois lorsque Jean Charest décidera de convoquer les Québécois aux urnes. Il reste peu d'amour entre Jean Charest et Stephen Harper. Et il est hautement improbable que les libéraux de Jean Charest reçoivent l'aide des conservateurs de Stephen Harper aux prochaines élections provinciales.

Des questions dans l'Ouest

Dans l'Ouest, on se pose déjà des questions, avant même que les bulletins de vote ne soient comptés au Québec, pour comprendre la chute des appuis aux conservateurs dans la province. Le gouvernement Harper n'a-t-il pas reconnu la nation québécoise, réglé le déséquilibre fiscal et donné une voix au Québec à l'UNESCO ? On se demande déjà à quoi bon ont servi tous ces efforts si le Parti conservateur termine la soirée électorale avec moins de sièges.

À partir de demain, la pression sera forte sur Stephen Harper, s'il demeure premier ministre comme le laissent entendre certains sondages, pour qu'il concentre ses efforts ailleurs qu'au Québec pour permettre au Parti conservateur de faire de nouveaux gains. À partir de demain, les demandes du Québec pourraient soudainement être moins importantes à Ottawa.