Le chef conservateur, Stephen Harper, a posé le geste exceptionnel de convoquer la presse à la dernière minute, jeudi soir, afin d'attaquer son adversaire Stéphane Dion au sujet d'une entrevue difficile que celui-ci a accordée à la télévision.

Sylvain Larocque LA PRESSE CANADIENNE

Plus tôt dans la journée, à Halifax, M. Dion a fait reprendre à trois reprises une entrevue qu'il accordait au réseau CTV. Au début, il avait du mal à comprendre la question suivante, posée en anglais: qu'aurait-il fait, que M. Harper n'a pas déjà fait, pour répondre à la crise financière? Par la suite, il a semblé chercher une façon de répondre à cette question qui, visiblement, l'embarrassait.

En soirée à Winnipeg, M. Harper a soutenu qu'un tel faux pas était indigne de quelqu'un qui veut devenir le premier ministre d'un grand pays.

«Quand on gère une économie de 1,5 trillion de dollars, on n'a pas la chance de se reprendre, a lâché le chef conservateur. La réalité est que cet incident démontre que M. Dion et le Parti libéral n'ont aucune idée de ce qu'ils vont faire avec l'économie.»

M. Harper a admis qu'il avait déjà eu du mal, lui-même, à comprendre des questions posées en français, sa langue seconde. Mais à ses yeux, le malaise de Stéphane Dion «n'est pas une question de langue du tout».

«Dans cet incident, la question est bien claire et à la fin, la réponse était que M. Dion va préparer un plan après les élections (...). Il n'a pas de plan. S'il est élu, il mettra 30 jours à essayer d'en créer un.»

Les libéraux voient dans les déclarations de M. Harper une tentative désespérée de changer la discussion. «Ca fait juste démontrer son manque de classe», a déclaré un attaché de presse de M. Dion, Jean-François Del Torchio.

Lors des débats des chefs, au début du mois, Stéphane Dion a annoncé qu'un gouvernement libéral mettrait en place un «plan d'action» de 30 jours, qui comprendrait notamment des rencontres avec les premiers ministres provinciaux, la Banque du Canada et d'autres organismes fédéraux, afin de trouver des moyens de juguler la crise actuelle.

Le chef conservateur a lui-même commis une maladresse sur la question économique en affirmant, plus tôt cette semaine, que la chute des cours boursiers pouvait représenter une «occasion d'achat» pour les investisseurs, ce qui a donné l'impression qu'il était insensible aux importantes pertes que les épargnants ont enregistrées ces derniers temps.

Stephen Harper s'est montré plus compatissant depuis deux jours, en affirmant notamment, jeudi, qu'il était déçu que les institutions financières n'aient pas transféré intégralement à leurs clients la baisse du taux directeur annoncée mercredi par la Banque du Canada.

En réagissant aussi rapidement à l'entrevue de M. Dion, M. Harper a vu une nouvelle occasion de redorer son image au plan économique.