L’enseignante d’arts plastiques de l’école primaire Saint-Émile, à Montréal, qui s’expose à « des conséquences » pour ne pas avoir respecté les consignes sanitaires, n’est pas un cas isolé, contrairement à ce qu’affirme le gouvernement.

Suzanne Colpron
Suzanne Colpron La Presse

Des parents et des professeurs inquiets nous ont fait part de situations troublantes, vendredi, à la suite de la publication de la chronique d’Isabelle Hachey sur l’adoption par le gouvernement d’une loi interdisant les manifestations contre les mesures sanitaires à moins de 50 mètres des écoles, des services de garde et des établissements de santé, intitulée « Protéger les élèves hors des écoles… et dedans aussi ».

Lisez la chronique d'Isabelle Hachey

À Chelsea, près de Gatineau, la directrice de l’école primaire Montessori, Nancy Courchesne, relaie sur Facebook des publications antivaccins et antimasques, dans un français truffé de fautes.

« Évidemment le monde ne mais pas les priorités au bonne place ! Une vrai tristesse », peut-on lire.

Le 2 septembre, elle a fait partager un montage vidéo où le premier ministre François Legault et le directeur national de santé publique du Québec, Dr Horacio Arruda, demandent de ne pas utiliser de masques à des fins préventives, lors de la première vague de la pandémie de COVID-19. « J’ai jamais vu autant de contradiction ! Ils le disent eux même et on force des enfants a porter ca 8 hrs [sic] », écrit-elle.

Mme Courchesne, une femme d’affaires nommée directrice de l’école Montessori de Chelsea au début de la pandémie, n’a pas rappelé La Presse.

Le 5 septembre, elle a aussi relayé une publication de Denis Rancourt, ancien professeur de physique congédié en 2009 par l’Université d’Ottawa après avoir accordé une note de A à tous ses étudiants. « Nous continuons à nous demander : “Pourquoi les données ne sont-elles pas autorisées à être examinées et pourquoi les experts indépendants sont-ils censurés s’ils tentent de le faire ?”, écrit ce dernier. Il est incompréhensible, et décidément anti-canadien, de voir réduire au silence des médecins et des scientifiques de la santé hautement estimés dans notre pays et dans le monde entier. »

Une mère, qui a requis l’anonymat pour préserver l’anonymat de son enfant ayant fréquenté cette école privée, s’interroge : « Comment est-ce possible qu’une telle personne assure la gestion d’un établissement scolaire ? Je veux bien croire à la liberté d’expression, mais est-ce vraiment le cas ici ? »

Ailleurs au Québec, des profs et des parents nous ont fait part d’un relâchement par rapport aux mesures sanitaires.

« Tous les jours, je dois côtoyer des membres du personnel qui ne respectent pas les mesures », affirme une enseignante.

« Jouer à la police du masque avec les élèves, c’est une chose ; le faire avec ses collègues parce que la direction est tannée de gérer tout ce qui vient avec la pandémie, c’en est une autre. On nous impose des réunions où la distanciation est impossible, faute de place, et où le port du masque n’est pas exigé », poursuit-elle.

« Je suis antivaccination »

La Presse a aussi parlé à un professeur de cégep qui ne cache pas être antivaccin.

« Moi, je suis antivaccination. Par contre, je suis [pour le] libre choix », nous a-t-il dit, nous demandant de taire son nom et celui de l’établissement qui l’emploie, de peur de représailles. « Si quelqu’un pense qu’il devrait recevoir le vaccin parce qu’il pense que c’est bon pour lui, qui suis-je pour juger mon prochain ? Mais, moi, j’ai décidé que mon corps n’a pas besoin d’un vaccin et que je ne suis pas un danger public pour les autres. Je ne vois pas pourquoi je recevrais un vaccin ni pourquoi je me ferais mettre en quarantaine. »

Cet enseignant dit vivre sa vie « exactement comme avant la COVID ».

La COVID, pour moi, n’existe pas. C’est une maladie, un virus, mais je vis comme s’il n’était pas là. Je porte le masque dans les endroits publics où je dois le porter comme un bon citoyen. Je me lave les mains comme un bon citoyen. Mais je ne m’empêche pas de faire des câlins, donner des tapes dans les mains et ainsi de suite.

Un professeur de cégep dans un entretien avec La Presse

Des parents, mis au courant de la situation, ont avisé la direction du cégep où il enseigne. « Mais aux dernières nouvelles, il est toujours en poste », indique-t-on. Le directeur de l’établissement n’a pas rappelé La Presse.

Au Québec, les cas de COVID-19 se multiplient dans les écoles : plus d’un établissement sur trois a déjà rapporté au moins un cas d’infection depuis le début de l’année scolaire. Déjà, le mois dernier, des experts réclamaient la vaccination obligatoire dans le réseau de l’éducation, particulièrement au primaire, où les enfants ne sont pas vaccinés, mais également au secondaire, au cégep et à l’université.

On ne peut pas évidemment établir de lien de cause à effet entre ces éclosions scolaires et un faible pourcentage de professeurs non vaccinés. Mais l’inquiétude exprimée par des parents et des enseignants met en relief le malaise quant à l’absence de direction sur l’obligation vaccinale dans le système scolaire.

Selon un sondage commandé par le gouvernement à la fin du mois d’août, 97,9 % des enseignants du primaire et du secondaire seraient pleinement vaccinés contre la COVID-19 ou en voie de l’être. Seuls 2,1 % ne seraient pas vaccinés (environ 2000 enseignants) et 1,7 % n’auraient pas de rendez-vous et n’auraient pas l’intention de se faire vacciner.