Line Beauchamp voulait parler de gestion des universités sans la CLASSE. Les fédérations étudiantes ont accepté sur-le-champ de discuter... mais avec la CLASSE et des droits de scolarité.

Philippe Teisceira-Lessard LA PRESSE

Dimanche après-midi, à 30 minutes d'avis, la ministre de l'Éducation a convoqué la presse. Au programme: une invitation destinée aux deux fédérations étudiantes, la FEUQ (universitaire) et la FECQ (collégiale).

Mais La Presse a appris que la Coalition large de l'Association pour une solidarité syndicale étudiante (CLASSE) annoncera ce matin qu'elle souhaite aussi rencontrer Line Beauchamp. Loin de refuser de s'asseoir, elle souhaite utiliser cette table pour discuter directement avec la ministre de la question des droits de scolarité, a confié une source sûre. «Les gens sont en colère d'avoir été exclus, mais en même temps, la CLASSE va réagir avec ouverture au dialogue avec des propositions concrètes», a expliqué cette source.

La présidente de la FEUQ, Martine Desjardins, considère aussi comme «inévitable» que les deux parties abordent la question des droits de scolarité.

Un «bon sujet»

«Je suis prête à mener des discussions pour la mise en place d'une commission indépendante et permanente pour assurer une saine gestion des universités», a affirmé la ministre. «C'est un bon sujet de discussion. On peut s'asseoir autour d'une table autour de cet enjeu.» Pas question toutefois d'assouplir la position gouvernementale sur les droits de scolarité: Québec refuse systématiquement d'en parler avec les étudiants si ceux-ci ne laissent pas le gel des droits de scolarité à la porte d'entrée.

La veille, les membres de la FEUQ avaient adopté une position demandant au gouvernement de créer un chien de garde qui pourrait avoir à l'oeil l'utilisation des fonds publics par les administrations universitaires. Les scandales concernant les parachutes dorés, les énormes campagnes de publicité et les salaires des recteurs se sont enchaînés au cours des dernières années et ont amené de l'eau au moulin des étudiants.

«Des efforts supplémentaires peuvent être faits pour répondre aux attentes de la population et des étudiants», a indiqué Mme Beauchamp.

Un nombre limité d'invitations

Si la ministre a félicité la FEUQ pour sa proposition «porteuse de solutions», elle a formellement refusé de s'asseoir avec des représentants de la CLASSE, réputée plus radicale.

«La CLASSE se situe à un extrême du continuum dans les positions des associations étudiantes», a-t-elle plaidé, ajoutant que son leader avait même refusé de condamner le saccage de son bureau.

Mais après une courte consultation auprès de ses membres, Martine Desjardins a affirmé que la participation de représentants de la CLASSE était une condition sine qua non pour que la FEUQ accepte de s'asseoir avec Line Beauchamp.

«Je pense qu'elle comptait sur le fait que nous, on allait y aller sans personne. Elle vient de se mettre le doigt dans l'oeil», a affirmé la leader étudiante. «On ne peut pas aller s'asseoir à une table sans avoir les trois groupes qui sont là. C'est ce qu'on demande, c'est ce qu'on exige.»

La position est toutefois beaucoup plus floue du côté de la FECQ, qui «travaille fortement» à ce que la CLASSE soit autour de la table, mais «accepte» malgré tout de rencontrer la ministre. Une proposition exigeant la présence de la CLASSE a été battue à l'interne.

La porte-parole péquiste en matière d'Éducation, Marie Malavoy, n'a pas voulu commenter l'offre de négociation de la ministre. «Je préfère honnêtement attendre qu'eux réagissent», a-t-elle affirmé à La Presse. «C'est à eux de voir.»