La ministre de l'Éducation, Line Beauchamp, n'a plus la légitimité pour résoudre la crise avec les étudiants, affirment un millier de professeurs, signataires d'une pétition réclamant sa démission.

Pascale Breton LA PRESSE

Les professeurs se trouvent coincés entre le respect de leur contrat de travail - qui les oblige à donner les cours - et le respect de la démocratie étudiante.

«Entre les deux, la ministre vient de transférer sur nos épaules un poids immense, le poids de décider si on traverse ou non les piquets de grève», dénonce Sébastien Paquin-Charbonneau, professeur en sciences politiques au Collège Ahuntsic, l'un des porte-parole du groupe.

Jusqu'à présent, la ministre de l'Éducation a misé sur la judiciarisation du conflit et l'essoufflement du mouvement. Dans le contexte actuel, le climat n'est pas propice à l'enseignement, souligne pour sa part Lilian Wolfesberger, professeur en sciences politiques au cégep de Saint-Jean-sur-Richelieu.

«On est arrivé à un point de rupture avec Mme Beauchamp, et simplement changer de personne va permettre d'ouvrir un dialogue», croit-il.

Les professeurs affirment que la position de la ministre crée un climat tendu et potentiellement dangereux, car il accroît les risques de dérapage.

Appel pour un retour en classe

Presque au même moment, la Fédération des cégeps a pour sa part lancé un appel pressant aux cégépiens afin qu'ils rentrent en classe. C'est la seule issue possible pour sauver le trimestre et assurer la qualité de la formation, affirme le président et directeur général de la Fédération, Jean Beauchesne.

«Nous ne demandons pas aux étudiants d'abandonner leurs revendications, nous leur demandons de revenir en classe», a-t-il déclaré.

Les mises en demeure et les injonctions pour forcer la reprise des cours sont un phénomène croissant, a aussi reconnu le PDG, qui reçoit beaucoup de demandes en ce sens chaque jour.

Encore vendredi, une étudiante du cégep de Rosemont a obtenu une injonction pour la reprise de ses cours, elle qui veut s'inscrie en médecine.

Le cégep de Valleyfield a tenté de forcer les élèves à rentrer en classe bien qu'ils aient voté en majorité pour la grève. Cette décision qui a suscité une telle contestation que les cours ont finalement été annulés jeudi et vendredi. La direction du cégep Saint-Jean-sur-Richelieu a également annoncé vendredi la reprise des cours dès lundi prochain, malgré que les élèves aient voté en faveur de la grève.

La moitié des cégépiens sont toujours en grève, ce qui rend la situation de plus en plus difficile. Les cégeps travaillent à des calendriers de rattrapage, les soirs et le samedi, pour sauver le trimestre, ont expliqué cinq directeurs généraux, vendredi.

Dans certains cas, le trimestre pourrait se prolonger jusqu'à la fin juin. Des cours pourraient aussi être repris en août, quitte à repousser le trimestre d'automne.

Au cégep Saint-Laurent, où les élèves ont voté pour la grève en forte majorité, la direction veut rencontrer l'association étudiante pour la convaincre de reprendre le vote. «Nous allons mettre un accent particulier sur notre situation critique», a indiqué le directeur général, Paul-Émile Bourque.

Malgré les allusions du premier ministre Jean Charest et de la ministre Line Beauchamp quant à l'intimidation dont feraient l'objet les étudiants opposés à la grève, cela ne semble pas être le cas sur le terrain, a souligné le PDG de la Fédération des cégeps.

«On n'a pas de votes qui auraient été différents ou qui auraient été biaisés par des actes qui sont relativement isolés.»

Cet appel à la reprise des cours a toutefois suscité le mécontentement des étudiants, notamment de la Coalition large de l'Association pour une solidarité syndicale étudiante (CLASSE).