Le temps presse. Plusieurs administrations d'université et de cégep voient arriver le 10 avril avec appréhension. Pour plusieurs, c'est la date butoir pour sauver le trimestre d'hiver sans empiéter sur les vacances estivales.

Pascale Breton LA PRESSE

«On commence à être inquiet, particulièrement pour les cinq cégeps qui en sont à cinq semaines ou plus de grève», indique la porte-parole de la Fédération des cégeps, Caroline Tessier. La semaine prochaine sera une «période cruciale et charnière», ajoute-t-elle.

Des grèves ont toujours cours dans la moitié des 48 cégeps.

La marge de manoeuvre dont disposent les administrations est mince. Elles sont tenues par la loi d'offrir 82 jours de cours et d'évaluation. Les professeurs doivent aussi bénéficier de deux mois de vacances estivales réparties sur une période de deux mois et demi.

«C'est ce qui est préoccupant. Comment allons-nous réussir à reprendre ces cours si le boycottage se poursuit indûment?», indique Mme Tessier.

Après Pâques, le conflit risque d'avoir des conséquences importantes, surtout pour les étudiants et cégépiens, a mis en garde hier la ministre de l'Éducation, Line Beauchamp.

«Ça va être des semaines d'enfer pour reprendre tout ce qui doit être repris pour diplômer et pour que le diplôme représente toujours la qualité attendue de la formation», a noté Mme Beauchamp.

Au contraire, avec un mouvement qui compte toujours entre 190 000 et 200 000 étudiants et élèves en grève, ce n'est pas le moment d'abandonner, croit le président de la Fédération étudiante collégiale du Québec (FECQ), Léo Bureau-Blouin.

«C'est notre rapport de force, acculer le gouvernement au mur quant à la reprise des cours parce qu'on sait très bien qu'il ne peut pas les annuler.»

Demain, la grève durera depuis 52 jours, soit la durée de la grève de 2005. Elle risque de coûter cher, surtout si des cours devaient être repris le week-end.

Les conventions collectives des professeurs ne prévoient en effet pas de cours le week-end.

Les membres de la Fédération nationale des enseignants du Québec (FNEEQ-CSN), qui représentent 85% du réseau collégial, ont ainsi convenu dans les derniers jours de tout faire pour préserver la qualité du trimestre d'hiver, mais dans le respect de leur contrat de travail, souligne le président, Jean Trudelle.

«C'est clair que le refus total du gouvernement de reconnaître qu'il y a un enjeu social fait en sorte que le mouvement étudiant tient le coup et ça génère des problèmes de plus en plus compliqués», ajoute-t-il.

Si les élèves du cégep de Lanaudière, à L'Assomption, entrent en classe ce matin, ceux du collège de Maisonneuve et du cégep Édouard-Montpetit ont convenu hier de maintenir la grève jusqu'à ce que le gouvernement présente une offre. Quelque 77 000 étudiants et cégépiens de 49 associations sont aussi dans cette situation.

Les étudiants et le gouvernement sont encore loin d'une entente. Aucun dialogue n'a cours.

Si une entente de principe est conclue, il faudrait encore plusieurs jours avant que la grève ne se termine puisque les organisations étudiantes devraient alors consulter leurs membres sur une proposition.

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Pour un retour le 10 avril, sinon...

L'Université de Montréal a fait savoir par communiqué que le trimestre qui devait se terminer le 30 avril est prolongé jusqu'au 15 juin. Elle ajoute qu'elle ne peut toutefois garantir que le trimestre d'hiver sera terminé le 15 juin si les étudiants ne retournent pas en classe d'ici au 10 avril.

«C'est à géométrie variable» selon les facultés et les départements, précise la porte-parole de l'Université, Flavie Côté. Pour rattraper les cours manqués, les étudiants risquent de devoir suivre des cours le soir et les fins de semaine.

Tant que la grève n'est pas terminée, il est toutefois impossible de mettre une touche finale au calendrier. L'administration devra en effet s'entendre avec le corps professoral au sujet du rattrapage des cours.

Selon les prévisions actuelles, le trimestre d'été doit toutefois débuter comme prévu le 1er mai.

«Pour l'instant, il s'agit d'une hypothèse. On suit cela au jour le jour», indique Mme Côté.

Environ 20 000 étudiants de l'Université de Montréal sont toujours en grève. Ceux de la faculté de médecine ont voté hier pour une reprise des cours, après une grève de neuf jours.

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En quête de professeurs et de locaux

La fin du trimestre d'hiver pour les uns et le début du trimestre d'été pour les autres causent des maux de tête à l'administration de l'Université du Québec à Montréal (UQAM), qui cherche des locaux et des professeurs.

L'un des scénarios envisagés est de poursuivre le trimestre d'hiver jusqu'au 3 juin. Mais pour cela, les étudiants devraient retourner en classe d'ici au 16 avril. Le trimestre d'été s'échelonnerait ensuite du 4 juin au 28 juillet.

Si la grève n'est pas terminée le 16 avril, la commission des études devra préparer de nouveaux scénarios.

«Plus ça avance, plus ça devient problématique et complexe», indique la directrice des communications par intérim de l'UQAM, Jenny Desrochers.

L'administration doit faire le tour des départements pour vérifier la disponibilité des professeurs et des chargés de cours au-delà du semestre prévu.

Il risque aussi de manquer de locaux. Selon les scénarios à l'étude actuellement, tous les locaux seraient utilisés pour des cours, ce qui ne laisserait aucune marge de manoeuvre pour la tenue d'autres activités.

«Notre grande priorité est de voir comment on va pouvoir valider le trimestre d'hiver et trouver des ressources pour donner les cours et trouver les salles», précise Mme Desrochers.

- Avec la collaboration de Tommy Chouinard