Augmenter les revenus de l'État sans hausser les droits de scolarité est possible selon la Coalition large de l'Association pour une solidarité syndicale étudiante. À quelques jours du dépôt du budget Bachand, la CLASSE demande au gouvernement Charest de revoir la fiscalité afin d'épargner les étudiants.

Valérie Simard LA PRESSE

La hausse des frais de scolarité n'a rien d'inévitable, soutient la Coalition qui représente 85 000 élèves et étudiants des cégeps et universités. Selon elle, plusieurs alternatives existent pour financer les universités. Les mesures proposées par la CLASSE aujourd'hui permettraient, selon elle, au gouvernement d'engranger jusqu'à quatre fois les sommes qu'il obtiendrait en augmentant les droits de scolarité de 1625 $ sur cinq ans.

La CLASSE propose d'abord de faire passer de trois à dix le nombre de paliers d'imposition des particuliers, une mesure qui devrait mettre 1,2 milliard $ de plus par année dans les coffres de l'État. Cette somme pourrait alors être utilisée pour financer non seulement l'éducation, mais aussi la santé et les infrastructures, fait valoir le coporte-parole de la CLASSE, Gabriel Nadeau-Dubois.

«On veut rééquilibrer la situation et donner un répit à la classe moyenne en retournant vers un système fiscal plus équitable, qui s'adapte à la capacité de payer des ménages», affirme Gabriel Nadeau-Dubois. Ainsi, explique-t-il, 87 % des contribuables paieraient moins d'impôts. Les 13% restant verraient quant à eux leurs impôts augmenter de 2,3 %.

La CLASSE rappelle également la nécessité, pour les entreprises, de faire leur juste part dans le financement de l'éducation et réclame le retour de la taxe sur le capital des institutions financières. Selon Gabriel Nadeau-Dubois, cette mesure rapporterait près de 800 millions de dollars au gouvernement.

«Les solutions qu'ont propose aujourd'hui n'ont rien de révolutionnaire, convient-il. Elles sont documentées. Ce sont des solutions qui sont répétées depuis longtemps par diverses organisations, qui sont proposées régulièrement par divers instituts de recherche. Le gouvernement connaît ces chiffres-là. Il connaît ces mesures-là et ne les applique pas pour des raisons idéologiques.»

Mais, avant de réformer le système fiscal, un ménage doit être fait dans la gestion des universités, insiste la CLASSE. «Il faut revoir l'allocation actuelle des fonds dans les universités, particulièrement la question de la publicité», souligne Gabriel Nadeau-Dubois. Selon des données publiées par La Presse le 14 mars dernier, les universités québécoises ont dépensé environ 80 millions en publicité au cours des cinq dernières années. «Les différents campus universitaires font des campagnes de publicité pour se voler entre eux des étudiants, dénonce-t-il. Si on veut vraiment encourager les jeunes à aller à l'université, on s'arrange pour que ce soit accessible financièrement.»



Les profs inaugurent l'îlot Voyageur

La mauvaise gestion des universités a également été dénoncée par le regroupement Profs contre la hausse samedi après-midi à Montréal. Accompagnés de plusieurs étudiants, les enseignants ont procédé à l'inauguration symbolique de l'îlot Voyageur, un édifice inachevé qu'ils ont ironiquement baptisé «Le chantier d'une génération». Un chantier qui a été abandonné en 2007.

Imitant la traditionnelle coupure de ruban, ils ont dénoncé l'argent investi par l'Université du Québec à Montréal dans ce bâtiment qui devait fournir à l'UQAM l'espace nécessaire pour des résidences pour étudiants, des bureaux, un stationnement souterrain et des salles de classe. L'îlot Voyageur abrite notamment la Station centrale d'autobus

«Ce n'est auprès des étudiants qu'il faut aller chercher les sous, déclare Lilian Wolfelsberger, enseignant au cégep de Saint-Jean-sur-Richelieu. L'errance administrative est sous nos yeux tous les jours. L'argent est là. Le Québec produit de la richesse. Ce n'est pas vrai qu'on est obligé de dire aux étudiants qu'on doit augmenter de 75 % les droits de scolarité  pour pouvoir faire tourner nos universités quand on a ça (l'îlot Voyageur) qui nous a coûté 500 millions et qu'il va falloir ajouter 200 millions pour le rénover. C'est un Stade olympique!»

«Nos universités ne sont pas des entreprises, ajoute Fanny Theurillat-Cloutier, enseignante au Cégep Marie-Victorin. Elles devraient être financées par le public. Elles ne devraient pas avoir un financement conditionnel au fait qu'elles aient des projets comme ceux-ci qui s'en vont dans des directions parfois tellement audacieuses qu'on se retrouve avec une université endettée.»

Rappelons que le feuilleton de l'îlot Voyageur a débuté en 2005 lorsque l'UQAM s'est associée à la firme Busac. Les coûts ont explosé au point où Québec a dû verser 200 millions dans une fiducie pour sortir l'UQAM du gouffre financier. En 2010, le gouvernement a allongé 20 millions pour acquérir l'immeuble, et 25,5 millions pour mettre la main sur les droits de gestion de la Station centrale d'autobus. En décembre dernier, Québec annonçait que l'édifice sera vendu.

D'autres manifestations

Les étudiants continuent leurs actions de protestation contre la hausse des droits de scolarité cette fin de semaine. Un marathon musical, organisé par le Mouvement de mobilisation des étudiants en musique (MMEM), est en cours depuis hier soir à Montréal. L'événement se poursuivra jusqu'à minuit ce soir. Demain après-midi, la CLASSE tiendra des manifestations familiales à Montréal, Québec, Sherbrooke et Alma.

Photo : Edouard Plante-Fréchette, La Presse

Accompagnés de plusieurs étudiants, les enseignants ont procédé à l'inauguration symbolique de l'îlot Voyageur, un édifice inachevé qu'ils ont ironiquement baptisé «Le chantier d'une génération».