La moitié des garderies privées non subventionnées, qui accueillent près de 25 000 enfants au Québec, se trouvent dans une telle situation de précarité financière qu'elles pourraient fermer leurs portes au cours de la prochaine année.

Pascale Breton

Le fait qu'elles soient exclues du processus d'appels d'offres actuellement en cours en vue de l'attribution de 15 000 nouvelles places à 7 $ accentue cette précarité.

C'est ce que soutient la Coalition des garderies privées non subventionnées, regroupement nouvellement créé, qui réclame plus d'équité de la part du gouvernement.

«Nous sommes régies par les mêmes normes, les mêmes règles, reconnues au même titre, mais malgré tout, nous sommes exclues», dénonce la porte-parole de la Coalition, Prescillia B. Boily, également propriétaire de la garderie Les petits moulins, à Terrebonne.

Les garderies privées non subventionnées font en effet partie du réseau des services de garde du Québec et sont régies par le ministère de la Famille. Mais elles n'ont pas le droit de participer au processus d'appels d'offres en cours pour l'attribution de 15 000 nouvelles places à contribution réduite.

Une décision de la ministre de la Famille, Yolande James, qui a choqué les propriétaires de garderies privées non subventionnées et qui les met au pied du mur, soutient Mme Boily. «Plus de la moitié des garderies privées non subventionnées vont fermer d'ici un an.»

Les parents paient cher pour faire garder leurs enfants au privé. En moyenne, le tarif est de 35 $ par jour, souvent plus de 40$ pour les poupons de moins de 18 mois.

Malgré les crédits d'impôt dont ils bénéficient, la facture est élevée et il est impossible de faire payer plus, explique Mme Boily.

Les propriétaires de garderie peinent à joindre les deux bouts. Le taux de roulement est élevé, les groupes sont constamment modifiés avec le départ et l'arrivée de nouveaux enfants.

Les parents changent leur enfant de garderie lorsqu'ils trouvent une place à 7 $, question d'économie, explique Mme Boily.

«Toutes les garderies privées non subventionnées n'affichent pas complet à 100% et ce sont les places qui bougent le plus.»

Le nombre de garderies privées non subventionnées a explosé au cours des dernières années. La forte demande des parents en quête d'une place en garderie pour leurs enfants n'y est pas étrangère.

On recense 445 garderies privées non subventionnées au Québec, dont 203 à Montréal seulement.

Avec l'attribution de 15 000 nouvelles places à 7 $ d'ici à 2016, elles craignent l'arrivée de CPE ou de garderies privées subventionnées dans leur secteur.

«Si on ouvre une installation de 80 places dans ma région, même à 10 kilomètres, mes 80 enfants vont partir. C'est plus de kilomètres à faire, c'est vrai, mais pour 7 $ par jour, les parents vont le faire», soutient Mme Boily.

Propriétaire de la garderie Aqua Nemo, à Blainville, Marie-Claude Colin souhaite plus d'équité pour les parents et le personnel. Le système doit être revu, presse-t-elle.

«À moyen terme, il va falloir s'asseoir avec le gouvernement, toutes installations confondues (y compris les CPE et les garderies privées subventionnées), et revoir le système», affirme Mme Colin.

Mise en garde de la protectrice du citoyen

Il y a un an, la protectrice du citoyen s'inquiétait déjà des difficultés touchant les garderies privées non subventionnées dans un mémoire présenté dans le cadre de la loi visant à resserrer l'encadrement des services de garde.

Il faut éviter que «l'intervention du gouvernement résulte en un déplacement de clientèle des services de garde privés non subventionnés vers des services de garde subventionnés», a affirmé la protectrice du citoyen.

Ce déplacement de clientèle accentue la précarité des garderies privées non subventionnées. «Elles sont en constante recherche de clientèle et comme leur situation financière est précaire, elles perdent leur personnel et doivent économiser partout où elles peuvent», a-t-elle souligné.

Cofondateur de l'Alliance des garderies privées non subventionnées du Québec - un autre regroupement qui tente de voir le jour pour défendre les garderies -, Khalid Daher affirme que le manque d'éducatrices formées va tuer les garderies comme la sienne.

Les garderies privées non subventionnées ne sont pas en mesure d'offrir un salaire aussi concurrentiel aux éducatrices, ni des avantages comme des assurances collectives. Le taux de roulement des éducatrices est très élevé.

«Ce qui va nous tuer en premier, c'est la pénurie d'éducatrices. Nous sommes fragilisés par le sous-financement, ce qui fait que les centres de la petite enfance et les garderies privées subventionnées sont plus puissants. Ils vont débaucher nos éducatrices», affirme M. Daher, propriétaire de la garderie Les Joyeuses Marguerites, qui a ouvert en août 2010 à Montréal.

Il se sent brimé de ne pouvoir participer aux appels d'offres. «Le gouvernement sait qu'il y a un besoin à combler dans mon secteur. Mais le problème, c'est que j'ai ouvert avant cet appel d'offres. Si je n'avais pas ouvert, j'aurais peut-être eu les subventions.»

Les garderies privées non subventionnées  réclament plus d'équité de la part du gouvernement. La ministre de la Famille, Yolande James, refuse de leur accorder des places à 7 $, mais se montre disposée à certains accommodements.