«Je constate avec peine que, dans la plupart des classes, les petits garçons sont moins appliqués et, par conséquent, réussissent moins bien que les petites filles.»

Mis à jour le 29 oct. 2011
Pascale Breton LA PRESSE

Cette déclaration aurait pu être faite hier. Elle date pourtant de près de 100 ans. Au terme d'une inspection dans les écoles du quartier Hochelaga-Maisonneuve, en 1914, le prêtre Joseph Dupuis s'inquiétait en effet du décrochage des garçons.

L'extrait est présenté dans le cadre de l'exposition L'école d'antan 1860-1960, au Château Dufresne. En la visitant, on se rend compte que certaines préoccupations d'aujourd'hui dans le monde de l'éducation sont aussi celles d'autrefois. Et que certaines solutions mises de l'avant ne sont pas nouvelles.

«On parlait déjà de décrochage scolaire des garçons au tournant des années 1900 et, pourtant, on avait des classes de garçons uniquement, avec des frères qui enseignaient et beaucoup d'activités parascolaires», souligne le commissaire de l'exposition, Robert Cadotte, qui a longtemps été commissaire d'école à Montréal.

Il fait référence aux idées préconisées de nos jours pour motiver davantage les garçons à l'école. Certains spécialistes suggèrent le retour des classes unisexes, le recrutement d'un plus grand nombre d'enseignants pour offrir un modèle masculin aux garçons du primaire et davantage de sport à l'école.

Avec Anik Meunier, professeure à l'Université du Québec à Montréal et directrice du Groupe de recherche sur l'éducation et les musées, M. Cadotte a fouillé les sous-sols d'école et les greniers des congrégations religieuses, principalement des soeurs des Saints Noms de Jésus et de Marie et des Frères des écoles chrétiennes, pour dénicher de vieilles photos, d'anciens manuels scolaires et des documents oubliés.

Au fil de la visite, on découvre certaines similitudes avec l'histoire récente de l'éducation. C'est le cas du bulletin non chiffré de la réforme des dernières années qui s'apparente à celui des protestants en 1950

À cette époque, «les protestants avaient seulement trois bulletins par année. Il y avait une lettre pour chacune des matières, mais pas de notes chiffrées ni de moyennes. Les parents semblaient comprendre et les élèves réussissaient bien», souligne M. Cadotte.

De leur côté, les Canadiens français recevaient 10 bulletins par année, comprenant des notes pour chacune des matières et le rang de l'élève.

Si on recule encore plus loin, en 1879, on découvre aussi que l'anglais occupait une place prépondérante à l'école.

Les élèves de première année recevaient huit heures d'enseignement de français par semaine, comparativement à sept heures pour l'anglais, langue seconde. En quatrième année, le ratio était inversé. Les élèves apprenaient davantage d'anglais.

L'exposition aborde plusieurs thèmes, de la discrimination au patriotisme, du matériel utilisé par les élèves et les enseignants jusqu'aux méthodes de punition - dont la fameuse courroie («strappe») qui n'a disparu définitivement qu'au début des années 80.