La volonté de la ministre de l'Éducation, Line Beauchamp, d'amputer le budget des commissions scolaires et de verser l'argent directement aux écoles selon leur performance a provoqué une onde de choc dans le milieu.

Mis à jour le 22 oct. 2011
Pascale Breton LA PRESSE

«Pour nous, c'est l'équivalent d'une déclaration de guerre et s'ils veulent la guerre, ils vont l'avoir», affirme le président de la Centrale des syndicats du Québec (CSQ), Réjean Parent.

Le conseil général de la Centrale a d'ailleurs adopté hier un plan de résolution «pouvant aller aux moyens ultimes» pour protester contre ces propositions.

C'est à l'aube d'un conseil général du Parti libéral du Québec, qui s'annonce mouvementé en raison du mécontentement entourant la tenue d'une commission d'enquête sur la construction, que la ministre de l'Éducation a fait siennes les propositions de son parti en matière d'éducation.

En entrevue à Radio-Canada jeudi soir, Mme Beauchamp a déclaré que le gouvernement voulait réduire de 100 millions par année, pendant trois ans, le budget administratif des commissions scolaires.

Le gouvernement souhaite aussi accorder plus d'autonomie aux directions d'école dans le choix de leurs orientations et récompenser les écoles les plus performantes.

La ministre refuse toutefois de parler de coupes. «On propose des économies dans la bureaucratie scolaire pour faire en sorte que les budgets soient plus proches des écoles», a-t-elle indiqué, vendredi, en entrevue à La Presse.

Il faut inverser la pyramide. «Arrêtons de faire débouler les choses de Québec vers le bas. Acceptons que des décisions, de la gestion, de l'autonomie et de la flexibilité soient plus au niveau des écoles.»

Mme Beauchamp a toutefois nuancé ses propos de la veille. Il ne s'agit pas d'une annonce. C'est aux militants de débattre des propositions au cours du week-end, a-t-elle précisé.

Mais sa volonté est claire. «J'ai vraiment l'impression que c'est tout à fait faisable. Plus que cela, je crois que c'est souhaitable.»

La prime à la performance n'améliorera en rien la réussite scolaire, a rétorqué la présidente de la Fédération des commissions scolaires du Québec, Josée Bouchard. En outre, cette notion de récompense détruit les principes fondamentaux d'équité et d'accessibilité du système d'éducation public.

«On vous implore d'y réfléchir sérieusement avant de commettre une erreur qui serait dévastatrice pour les enfants du Québec», a lancé Mme Bouchard en s'adressant aux militants libéraux.

La présidente de la Fédération des syndicats de l'enseignement (FSE-CSQ), Manon Bernard, a elle aussi dénoncé cette vision axée sur la performance.

«L'école qui va connaître les meilleures performances va avoir plus d'argent. On vient d'ajouter de la pression sur les épaules des enseignants et c'est non», a-t-elle martelé.

«Couper dans l'os»

L'intention de réduire de moitié le budget des commissions scolaires crée également une onde de choc. Ces coupes s'ajoutent à celles de dizaines de millions déjà annoncées, a rappelé Réjean Parent, de la CSQ.

«Il n'y a plus de gras à couper. On coupe dans l'os», a déclaré le président en ajoutant que «les commissions scolaires n'ont pas le budget pour répondre aux besoins des écoles et on va les amputer encore plus».

L'Association des commissions scolaires anglophones du Québec a elle aussi exprimé sa surprise.

«Ça arrive complètement du champ gauche. On sait qu'il faut faire notre part, on nous a demandé de contribuer à réduire les dépenses, mais des coupes de 50% de notre budget, c'est majeur», a dénoncé la présidente, Debbie Horrocks.

Par voie de communiqué, la Centrale des syndicats nationaux (CSN) s'est jointe au choeur de protestataires en dénonçant «l'électoralisme éhonté» dont fait preuve le Parti libéral en s'inspirant des propositions de l'Action démocratique du Québec et de la Coalition pour l'avenir du Québec de François Legault, sans tenir compte des commissions scolaires.