Le Québec ne prend pas tous les moyens requis pour intégrer ses immigrants, selon le Conseil supérieur de la langue française (CSLF).

Mis à jour le 17 août 2011
Jocelyne Richer LA PRESSE CANADIENNE

L'organisme-conseil demande donc au gouvernement de faire plus et mieux pour franciser les immigrants et faciliter leur accès au marché du travail, la clé pour assurer leur intégration.

«Je ne pense pas qu'on a utilisé tous les moyens qu'il faut pour parvenir à une meilleure intégration», a commenté en point de presse, mercredi, le président de l'organisme, Conrad Ouellon, premier intervenant à témoigner devant la commission parlementaire chargée d'évaluer les seuils d'immigration planifiés pour la période 2012-2015.

Selon lui, compte tenu de l'importance de l'enjeu, toute la société devrait mettre l'épaule à la roue de l'intégration des immigrants.

Une quarantaine d'autres intervenants vont suivre d'ici la fin des travaux, le 7 septembre.

En avril, Québec avait annoncé son intention de fixer à 50 000 le nombre d'immigrants à accueillir annuellement, en moyenne, au cours des trois prochaines années, en légère baisse par rapport aux dernières années.

Dans l'ensemble, le Conseil a dit approuver les orientations privilégiées par Québec, quant aux seuils d'admissions. Il estime donc que le gouvernement a eu raison de chercher à stabiliser le nombre de nouveaux arrivants autour de 50 000 annuellement.

En théorie, selon lui, si on accepte d'y consacrer les ressources requises, le Québec a la capacité d'intégrer en français 50 000 personnes supplémentaires chaque année.

Il a cependant émis des réserves sur la volonté gouvernementale de limiter à 30 pour cent la proportion d'immigrants en provenance de chacun des bassins géographiques de la planète. Selon M. Ouellon, cette disposition peut paraître discriminatoire. Il y a lieu, selon lui, de se pencher sur les motifs à la source de ce choix.

M. Ouellon dit aussi qu'il faut augmenter l'offre de cours de français en milieu de travail, particulièrement dans les petites et moyennes entreprises (PME), vers lesquelles convergent une portion importante d'immigrants souvent moins qualifiés et avec une faible connaissance du français.

En sus des compétences linguistiques à acquérir, il estime que le gouvernement devrait porter une attention particulière au besoin des immigrants de mieux comprendre le fonctionnement de la société québécoise.

«Ce n'est pas que du français. C'est aussi une connaissance sociale et une capacité d'intégration», a-t-il fait valoir. À ses yeux, francisation et intégration sont donc «indissociables». «Tu ne te francises pas, si tu ne réussis pas à t'intégrer, et inversement», selon lui.

Dans un souci de cohérence, il est revenu à la charge pour réclamer un guichet unique de services aux immigrants, alors qu'actuellement la responsabilité est partagée principalement entre le ministère de l'Immigration et celui de l'Éducation, et les nouveaux arrivants peuvent facilement se perdre dans les dédales administratifs.

Il faudrait surtout, de l'avis du Conseil, adopter une perspective plus large en matière de francisation et étendre l'offre de cours de français aux «migrants des autres provinces, aux autochtones, aux Québécois anglophones, aux cohortes d'immigrants plus anciennes, etc.».

Il ne faudrait pas oublier non plus, soutient le CSLF dans son mémoire à la commission, les personnes âgées et les mères de famille à la maison, qui contribueront à enseigner le français à leurs enfants.

La capacité du Québec d'intégrer ses immigrants en français reste à démontrer. En mai dernier, le vérificateur général du Québec, Renaud Lachance, avait semoncé le ministère de l'Immigration, parce qu'il n'avait mis au point aucun indicateur attestant la capacité réelle du Québec d'accueillir et d'intégrer au travail les immigrants.

En 2007, prétextant des besoins de main-d'oeuvre, le gouvernement Charest avait augmenté de 20% le nombre d'immigrants souhaités, sans pour autant avoir évalué s'il pouvait supporter une telle hausse, selon le vérificateur.

En 2010, le Québec a accueilli 54 000 immigrants. En 2001, seulement 35 500 nouveaux arrivants étaient admis au Québec.