La proportion d'élèves allophones vient de dépasser celle des élèves francophones à la Commission scolaire de Montréal, une tendance qui se dessine depuis une dizaine d'années dans l'ensemble des écoles publiques de l'île de Montréal.

Mis à jour le 25 mai 2011
Pascale Breton LA PRESSE

Les élèves qui n'ont ni le français ni l'anglais comme langue maternelle ont atteint cette année une proportion de 47,8% dans les écoles de la Commission scolaire de Montréal (CSDM), comparativement à 47,7% du côté des francophones. L'an dernier, cette proportion était plutôt de 47,16% pour les allophones et de 48,38% pour les francophones.

«La tendance se poursuit, mais le poids est maintenant inversé à la Commission scolaire de Montréal», note le chercheur Dominique Sévigny, auteur du Portrait socioculturel des élèves inscrits dans les écoles publiques de l'île de Montréal, mai 2011.

Ce rapport, publié par le Comité de gestion de la taxe scolaire de l'île de Montréal, permet de suivre d'année en année l'évolution de la clientèle des écoles primaires et secondaires.

De façon générale, le français perd du terrain depuis 1998 tandis que l'anglais demeure stable. Dans l'ensemble des cinq commissions scolaires du territoire - francophones et anglophones réunies -, on compte désormais 41,4% d'élèves allophones, 37,4% d'élèves francophones et 21,1% d'élèves anglophones.

Après le français et l'anglais, la langue maternelle des élèves inscrits dans les écoles de l'île de Montréal est l'arabe dans 8,28% des cas. Suivent l'espagnol (6,57%), le créole (3,29%), l'italien (2,95%) et le chinois (2,26%).

Plus d'un élève sur cinq est issu de l'immigration, c'est-à-dire qu'il est né à l'étranger de parents qui sont eux-mêmes nés à l'étranger. Cette proportion est en progression depuis 2006, indique le rapport, qui se base sur la clientèle inscrite dans les écoles au 18 novembre 2010. La proportion d'élèves nés au Québec de parents nés à l'étranger semble par ailleurs se stabiliser depuis 2005.

Ces données influent grandement sur le contexte dans lequel les élèves font leur apprentissage. Une forte proportion des élèves qui sont nés à l'étranger ou dont les parents sont nés à l'étranger habitent un secteur défavorisé. «Plus l'immigration est récente, plus les élèves sont susceptibles de résider dans une zone défavorisée», peut-on lire dans le rapport. Un défi de plus pour les écoles, principalement celles qui composent avec une clientèle à majorité allophone.

Au total, 160 écoles comptent plus de 50% de leurs élèves qui n'ont ni le français ni l'anglais comme langue maternelle. Dans certains établissements, cette proportion atteint jusqu'à 98%.

À la CSDM, 69 écoles ont plus de 50% d'élèves allophones. C'est le cas de 47 écoles à la commission scolaire Marguerite-Bourgeoys et de 37 écoles à la commission scolaire de la Pointe-de-l'Île.

Le français, langue la plus parlée à la maison

Près de la moitié des élèves, soit 46,5%, parlent le plus souvent français à la maison. À 27,2%, la proportion d'élèves qui parlent une langue autre que le français ou l'anglais à la maison augmente toutefois d'année en année, au point où elle dépasse maintenant celle des élèves qui parlent anglais à la maison, dont la proportion se situe à 26,3%.

Le portrait socioculturel des élèves des écoles publiques de Montréal pourrait légèrement changer l'an prochain, croit toutefois Dominique Sévigny. Jusqu'à maintenant, le ministère de l'Éducation n'obligeait pas les parents à dévoiler leur lieu de naissance, une donnée qui sera obligatoire à compter de l'an prochain.

«Cette donnée aura un grand impact, car la proportion d'élèves ou d'inscriptions pour lesquels le lieu de naissance est inconnu n'a pas cessé d'augmenter d'année en année, explique M. Sévigny. Il y aura peut-être des corrections apportées au prochain portrait, surtout pour les données de la Commission scolaire de Montréal.»