L'Alliance des professeurs de Montréal recommande à ses enseignants d'exercer des moyens de pression, y compris des «moyens lourds», pour éviter l'entrée en vigueur du nouveau bulletin national (dit unique) en septembre.

Mis à jour le 1er avr. 2011
Marie-Claude Malboeuf LA PRESSE

Il y a un an à peine, les enseignants comptaient sur ce nouveau bulletin pour uniformiser et simplifier l'évaluation de leurs élèves. «On était aux oiseaux! On pensait que les experts en pédagogie avaient enfin été écoutés. Mais ce bulletin est une supercherie. Ce qui s'en vient n'est pas ce qui nous avait été annoncé», a expliqué en entrevue Catherine Renaud, vice-présidente de l'Alliance, qui détaillera les moyens de pression qu'elle envisage lundi, à l'assemblée générale annuelle du syndicat.

Actuellement, la façon d'évaluer les élèves est laissée à la discrétion des établissements, tout comme les apprentissages requis chaque année, dit Mme Renaud. Il n'y a donc aucune concordance d'une région à l'autre, ni même d'une école à l'autre. Les fameuses «compétences», dont l'évaluation est très subjective, prennent par ailleurs beaucoup de place au détriment des connaissances.

Or, le bulletin qui doit entrer en vigueur en septembre ne change pas grand-chose, dénonce l'Alliance. «En fin de compte, la seule chose uniforme, ce sera le document où seront inscrites les notes! Les notes elles-mêmes n'auront toujours pas de valeur commune. Pour s'y rendre, il y aura encore mille façons», dit Mme Renaud.

Les enseignants ont officiellement protesté en début d'année, lorsqu'ils ont pris connaissance des documents produits par le ministère de l'Éducation au sujet du nouveau bulletin, précise-t-elle. «On veut reporter l'application d'un an pour pouvoir proposer nous-mêmes quelque chose. On n'a pas besoin de formation, c'est le fond qui cloche.»

Il y a deux mois, la Fédération autonome de l'enseignement (qui représente le tiers des enseignants québécois, dont ceux de l'Alliance) a demandé la même chose, sans succès.

«On a fait ce qu'il faut», rétorque la ministre

«Reporter l'application, c'est hors de question, maintient le porte-parole de la ministre de l'Éducation. En août dernier, nous l'avons fait pour répondre aux besoins du réseau. On a fait ce qu'il faut.»

De son côté, la CSDM compte entendre ses enseignants au cours d'une journée pédagogique, le 13 mai prochain, et préfère ne pas prendre position pour l'instant. «On se demande pourquoi elle est aussi silencieuse, dit Mme Renaud. Pourtant, on avait établi notre plan ensemble.»

«Notre proposition fragilise beaucoup l'esprit de la réforme, analyse pour sa part le porte-parole de l'Alliance, Yves Parenteau. Avec des critères d'évaluation objectifs, la réussite automatique n'est plus possible. Ça ne doit pas plaire à tout le monde.»