La ministre de l'Éducation du Québec «ne ferme pas la porte» à l'idée d'instaurer des mesures de discrimination positive à l'égard des hommes qui souhaitent faire carrière dans l'enseignement.

Mis à jour le 26 mars 2011
Isabelle Hachey LA PRESSE

Toutefois, Line Beauchamp n'est pas convaincue que la réussite scolaire des garçons dépende de la présence d'enseignants masculins dans les écoles de la province.

Mme Beauchamp réagit ainsi à une proposition audacieuse du psychologue Égide Royer, un expert en adaptation scolaire de l'Université Laval.

Le Dr Royer suggère d'offrir une bourse annuelle de 1000$ aux meilleurs étudiants masculins inscrits dans les facultés d'enseignement universitaires.

Il propose aussi d'accorder en priorité aux hommes les postes à temps plein que se disputent les jeunes enseignants inscrits sur les listes de suppléances des commissions scolaires.

Actuellement, seulement 13% des enseignants au primaire sont des hommes. «Les chiffres sont clairs. Il y a une diminution constante du nombre d'hommes dans la profession», admet Mme Beauchamp.

Le Dr Royer estime qu'une présence accrue de modèles masculins dans les écoles aiderait bien des garçons à surmonter leurs difficultés d'apprentissage. «C'est l'un des ingrédients qui entrent en ligne de compte. Un homme qui prend un élève en difficulté sous son aile augmente la puissance de l'intervention, surtout au début du secondaire», explique-t-il.

La ministre n'en est pas aussi persuadée. «Il n'y a pas beaucoup de documentation scientifique sur le lien entre la réussite des garçons et les enseignants masculins. M. Royer lui-même affirme que le premier critère de la réussite des élèves, y compris les garçons, c'est d'avoir un bon enseignant.»

Mme Beauchamp se dit tout de même «favorable à ce qu'on fasse des efforts pour attirer des hommes dans la profession». Elle affirme avoir mis sur pied un comité de travail chargé d'étudier le problème.

Le Dr Royer, qui participait hier au congrès annuel de l'Association québécoise des troubles de l'apprentissage, plaide aussi pour le rehaussement des critères d'admission à l'université des futurs enseignants.

«Une école ne sera jamais meilleure que ne le sont ses enseignants, dit-il. La plupart des étudiants admis à l'université sont très bons, mais le tiers d'entre eux me semblent un peu faibles.»

Il souligne que les pays affichant les meilleurs taux de réussite scolaire, comme la Finlande, exigent une maîtrise de leurs enseignants. «Il faut aller chercher la crème et les payer comme des professionnels, 100 000$ par an, au lieu du salaire actuel de 70 300$ après 15 ans dans le métier.»

Mme Beauchamp accueille avec prudence la proposition de rehausser les critères d'admission dans les facultés d'enseignement. «Je ne veux pas décourager des vocations. Mon souci, c'est qu'à la fin de ses études, un étudiant ait été bien formé pour être un bon pédagogue.»