La ministre de l'Éducation, Line Beauchamp, a confirmé mercredi que le budget comprendra une hausse significative des droits de scolarité à l'université pour les prochaines années. Elle a eu beau ajouter que le programme de prêts et bourses sera plus généreux, cela n'a pas suffi aux étudiants: spontanément, une cinquantaine d'entre eux ont manifesté devant les bureaux de cinq députés libéraux avant d'être rapidement dispersés par la police.

Mis à jour le 17 mars 2011
Tommy Chouinard et Louise Leduc LA PRESSE



La Presse révélait mercredi matin que les droits de scolarité augmenteront à un rythme accru. Depuis 2007, ils ont été majorés de 50$ par trimestre - soit 100$ par an pour la plupart des étudiants. Le budget Bachand imposera une nouvelle hausse qui pourrait atteindre 500$ par année pendant trois ans. Si tel est le cas, cela répondra au voeu de la Conférence des recteurs et des principaux des universités du Québec, qui demande une majoration de 504$ par année pendant trois ans.

Dans son discours inaugural, le mois dernier, le premier ministre Jean Charest avait annoncé son intention d'augmenter le financement des universités et souligné que les étudiants devraient y contribuer.

«Il faut que le diplôme universitaire québécois garde sa valeur, a plaidé Line Beauchamp, mercredi, à l'entrée de la réunion hebdomadaire du Conseil des ministres. Si on ne fait rien, on sera en perte de vitesse quant à l'évolution des universités en Nouvelle-Angleterre, à Toronto et à Vancouver.»

«Tout le monde doit faire sa part. Le gouvernement du Québec a réinjecté 1 milliard de dollars depuis 2003. On va continuer à être au rendez-vous, mais il y aura un effort demandé au secteur privé, et il y aura aussi une juste part demandée aux étudiants québécois. Tout ça doit être accompagné du bon programme d'aide financière aux étudiants, un programme bonifié qui fera en sorte que tout étudiant, tout adulte québécois qui veut aller à l'université aura les moyens de le faire.»

Selon elle, l'augmentation du financement des universités «doit être accompagnée d'exigences quant à leur performance». Elle a menacé de «sanctions administratives» les établissements qui font preuve de mauvaise gestion. «C'est la façon de faire si on veut être pris au sérieux.»

Durant la période des questions à l'Assemblée nationale, la critique du PQ en matière d'enseignement supérieur, Marie Malavoy, a accusé le gouvernement de remettre aux étudiants la facture des «dépenses incroyables» des universités: «Depuis déjà plusieurs mois, nous assistons à un dérapage des dépenses des universités québécoises.»

Elle a rappelé les «révélations troublantes» concernant l'université Concordia, qui a donné une indemnité de départ de 700 000$ à sa dernière rectrice et a acheté un appartement de 1 million de dollars à son actuel recteur intérimaire. Elle a ajouté que le salaire du recteur de l'Université Laval, Denis Brière, a augmenté de 100 000$ en un an pour atteindre 330 000$.

«Le gouvernement a demandé à tout le monde de se serrer la ceinture, mais il a laissé passer toutes ces dépenses des universités. Est-ce qu'il ne faudrait pas commencer par y mettre de l'ordre avant de décréter une hausse faramineuse des droits de scolarité des étudiants du Québec?»

Québec s'était engagé à conclure des ententes de partenariat avec les universités dès 2008 «pour qu'elles dépensent leur argent en toute transparence et en toute responsabilité». Mais aucune n'a encore été signée, a déploré Mme Malavoy.

Line Beauchamp a répliqué que le PQ avait rabroué le week-end dernier son critique en matière de finances, Nicolas Marceau, qui avait dit que son parti était favorable à une indexation des droits de scolarité. La position officielle du PQ est un gel des droits jusqu'à la tenue d'un sommet sur le financement des universités. «Le Parti québécois a dit à M. Marceau de se taire, de ne pas dire la vérité», a affirmé Mme Beauchamp.

Léo Bureau-Blouin, président de la Fédération étudiante collégiale du Québec, a prévenu que «ça ne passera pas». Il annonce d'ores et déjà toutes sortes d'actions au cours du trimestre. «Nous allons faire monter la pression. Nous ne pouvons accepter que l'accessibilité soit aussi compromise. On pénalise les étudiants, mais aussi leurs familles.»

Si M. Bureau-Blouin assure que l'occupation des bureaux des députés n'a pas été organisée par sa fédération, il signale que le téléphone n'a pas dérougi à ses bureaux. «Les associations étudiantes sont prêtes à aller jusqu'au bout.»

Pour sa part, Louis-Philippe Savoie, président de la Fédération étudiante universitaire du Québec, s'est dit déçu: «Jean Charest et Line Beauchamp sont des enfants de la politique d'accessibilité des études, politique qu'ils ne veulent pas voir se perpétuer pour la génération montante.»