Le milieu de l'enseignement se posait beaucoup de questions, hier, à la suite de l'annonce du gouvernement Charest d'obliger d'ici cinq ans tous élèves de 6e année à consacrer la moitié de leur année à l'apprentissage intensif de l'anglais. Alors que plusieurs se demandent qui pourra enseigner l'anglais intensif dans les écoles françaises, d'autres estiment que les élèves en difficultés seront désavantagés. La ministre de l'Éducation, Line Beauchamp, se veut quant à elle rassurante.

Mis à jour le 25 févr. 2011
Ariane Lacoursière et Marie-Claude Malboeuf LA PRESSE

«On a été surpris par cette annonce. C'est complètement nouveau. Il faut vraiment parler de modalités. On sait qu'il manque déjà de professeurs d'anglais dans les écoles francophones. Où ira-t-on chercher les enseignants?» demande la présidente de la Fédération des commissions scolaires du Québec (FCSQ), Josée Bouchard. Comme tous les intervenants interrogés hier, Mme Bouchard disait être intéressée par le projet de M. Charest. «Mais il y a beaucoup de questions sans réponse», dit-elle.

Actuellement, très peu d'écoles offrent des cours d'anglais intensifs dans la grande région de Montréal. À la Commission scolaire Marguerite-Bourgeoys, seulement 2 des 128 classes de 6e année offrent cette option. À la Commission scolaire de Montréal, c'est le cas de 14 des 130 écoles. Aucune des 98 classes de 6e année de la Commission scolaire des Patriotes n'offre le bain linguistique. Et à la Commission scolaire Marie-Victorin, cette option est offerte dans 6 classes de 6e année sur 103 écoles. Une question se pose donc: qui pourra enseigner l'anglais intensif dans toutes les écoles de la province?

«C'est clair qu'on n'a pas assez de profs spécialistes (de l'anglais) pour répondre à la demande. Même si on se tourne vers nos collègues de la commission scolaire anglophone, ils sont trop peu nombreux pour satisfaire à la demande», soutient le porte-parole de l'Alliance des professeurs de Montréal, Yves Parenteau.

La ministre Beauchamp, confirme qu'à l'heure actuelle, il n'y a pas suffisamment d'enseignants. «C'est pour ça qu'on s'est donné cinq ans pour l'implanter partout», a-t-elle dit. Mme Beauchamp ajoute que les commissions scolaires anglophones et francophones seront appelées à collaborer afin de trouver des solutions.

Mme Bouchard souligne que certaines commissions scolaires vivent des situations particulières qui devront être considérées par Québec. Par exemple, à Montréal, le défi est plutôt de franciser les élèves. «La même situation se déroule en Outaouais. Les jeunes sont souvent bilingues et parlent anglais à l'école, note Mme Bouchard. Il va falloir en tenir compte.»

La présidente de la Fédération québécoise des directions d'établissements d'enseignement, Chantal Longpré, rappelle que certaines écoles offrent le programme d'anglais intensif actuellement, mais que seuls les élèves n'ayant aucun retard scolaire peuvent le suivre. «Dans les groupes d'anglais intensifs, on apprend l'anglais la moitié de l'année, et on enseigne les autres matières le reste de l'année. Les élèves en difficulté seront incapables d'apprendre toute la matière en une demi-année. Pour eux, l'annonce du gouvernement est vraiment une mauvaise idée.»

La présidente de la Fédération des syndicats de l'enseignement, Manon Bernard, ajoute que les enseignants qui doivent montrer la matière de base en une demi-année font face à plusieurs difficultés. «Ils ont de la difficulté à couvrir l'ensemble du programme», note-t-elle.

Le directeur général de l'Association des commissions scolaires anglophones du Québec, David Birnbaum, reconnaît que «plusieurs discussions» devront être tenues avant de pouvoir implanter les cours d'anglais intensifs à la grandeur du Québec. «Mais on est très ouverts à discuter avec les commissions scolaires francophones», dit-il. «Le fait que ce soit étalé sur cinq ans (...) nous permettra de nous asseoir et d'envisager diverses mesures», ajoute la présidente de la Society for the Promotion of the Teaching of English as a Second Language in Quebec, Micheline Schinck.

Des tableaux controversés

Dans son discours inaugural, le premier ministre Jean Charest a également annoncé qu'il dotera toutes les classes de tableaux interactifs. Cette annonce ne fait pas l'unanimité dans le milieu. «C'est bien. Mais ce n'est pas la panacée», dit Mme Bouchard. «C'est de la quincaillerie alors que les écoles ont besoin de pédagogie, commente Mme Longpré. Un tableau coûte 5000$. Avec cet argent, chaque école pourrait se payer une demi-journée d'orthopédagogie par semaine pour une année.»

Un avis partagé par Mme Bernard. «On dit que la priorité doit être l'éducation. Ça ne passe pas par les tableaux interactifs. Il faut plutôt tenter de répondre aux besoins des élèves», croit-elle.

La ministre Beauchamp réplique que les tableaux ne sont «qu'une méthode parmi d'autres» pour améliorer la persévérance scolaire. Les tableaux interactifs permettent selon elle de «valoriser l'école publique» et de rendre l'école «plus efficace et intéressante».