La présidente de la Commission scolaire de Montréal (CSDM), Diane De Courcy, espère que le nouveau Collectif de la table des écoliers, lancé mardi et qui regroupe une dizaine d'organismes communautaires, permettra de créer une «cantine commune» à Montréal afin d'offrir des repas chauds à faible prix à tous les élèves, principalement à ceux dans le besoin.

Mis à jour le 23 févr. 2011
Ariane Lacoursière LA PRESSE

Attablée avec ses camarades de l'école Jean-Baptiste-Meilleur, mardi midi, Luna, 11 ans, décrivait le contenu de son assiette - «carottes pilées, tourtière et salade d'épinards» - avec un fort accent espagnol. Arrivée au pays depuis à peine trois mois, Luna mange tous les midis un repas complet fourni par l'organisme La Relance jeune et famille pour 50 cents. «Mon plat préféré, c'est les spaghettis!» a précisé Luna.

À ses côtés, la petite Myriam mangeait tranquillement. «Moi, j'aime les carottes en purée. C'est plus facile avec mes dents», a dit la fillette aux longs cheveux blonds, qui a perdu quatre dents de lait.

15 millions nécessaires

Près de la moitié des 70 000 enfants de la CSDM sont issus de milieux défavorisés. «Mais actuellement, seulement 18% de nos élèves peuvent bénéficier de repas à faible coût dans leur école», déplore Mme De Courcy. Les 11,9 millions dépensés chaque année servent à fournir des repas économiques aux élèves des écoles les plus défavorisées issus de familles à faible revenu. «Les enfants dans le besoin qui fréquentent des écoles plus favorisées n'ont pas de repas», note Mme De Courcy. Au moins 15 millions de dollars seraient nécessaires afin que tous les élèves défavorisés de la CSDM puissent manger à l'école.

Afin de mettre «fin à la faim», la CSDM a appuyé la création du Collectif de la table des écoliers. «Les mesures sont insuffisantes actuellement par rapport aux besoins des élèves. Ne pas manger assez a un impact majeur sur la réussite des jeunes. Notre première mission est de travailler à la mise en oeuvre d'un service de dîner dans toutes les écoles, pour permettre à tous d'avoir accès à des repas chauds et équilibrés», explique le président du Collectif, Benoît de Guire. Le ministère de la Santé, le ministère de l'Éducation, les organismes communautaires, les entreprises privées et la Ville de Montréal seront tous appelés à financer ce projet.

La directrice de la Coalition poids, Suzie Pellerin, salue l'arrivée de la Coalition de la table des écoliers. «Si le gouvernement imposait une taxe sur les boissons gazeuses et sucrées, comme on le réclame, une part de l'argent retiré pourrait servir à payer la cantine scolaire de Montréal et d'autres municipalités», dit-elle.

Cours d'économie familiale

Mme De Courcy réclame également le rétablissement des cours d'économie familiale dans les écoles. Les jeunes, selon elle, doivent apprendre à cuisiner. «Il y a quelques années, on a enlevé l'économie familiale des écoles. Les familles et le milieu communautaire devaient prendre le relais, mais ça ne s'est pas fait. Le savoir culinaire des enfants est en déclin», déplore Mme de Courcy. Un avis que partage Annie Gagnon, du Service de nutrition et d'action communautaire (SNAC) de Montréal, qui tient une fois par semaine une épicerie communautaire dans le quartier Ahuntsic. «Prenez les légumineuses. Les gens ne savent pas comment les apprêter. Les conditions familiales ont beaucoup changé et les jeunes n'apprennent plus autant les bases de la cuisine à la maison. Le retour des cours d'économie familiale au primaire et au secondaire serait une bonne chose», dit-elle.

Au cabinet de la ministre de l'Éducation, Line Beauchamp, on se dit «ouvert» à cette possibilité.