La Montréalaise Andréa Giron-Bran, 16 ans, n'aime pas l'école. Depuis son entrée au secondaire, l'adolescente a toujours manqué de motivation. Et c'est encore pire cette année. À un point tel qu'elle a pris l'habitude de manquer des cours. Si souvent que l'école secondaire Jeanne-Mance l'a expulsée la semaine dernière pour cinq jours. Mais grâce au programme Alternative suspension des YMCA du Québec, Andréa croit qu'elle sera désormais plus assidue.

Ariane Lacoursière LA PRESSE

«J'ai commencé à manquer des cours. Si je manquais une fois, après c'était de plus en plus difficile de suivre. Avant d'être suspendue, je manquais au moins un cours par jour», témoigne Andréa, jolie adolescente aux longs cheveux bruns, au teint basané et portant une boucle d'oreille au haut de la lèvre droite.

Expulsée de son école, Andréa a été accueillie par l'organisme Alternative suspension du Centre Y du Parc des YMCA du Québec. La mission de cet organisme est de rentabiliser les journées de suspension des jeunes de 12 à 17 ans. «On a réalisé que les élèves expulsés en profitaient pour traîner dans les rues. Ils prenaient du retard à l'école. Ce n'était pas du tout constructif», explique le directeur d'Alternative suspension au Québec, Étienne Pagé.

L'organisme accueille les jeunes pendant trois à cinq jours dans un local à l'écart de l'école. Le matin est consacré à des travaux scolaires. Et l'après-midi est réservé à des ateliers de discussion sur des thèmes comme la relation à l'autorité, l'école idéale ou la responsabilité en tant qu'élève.

Andréa, qui veut devenir avocate, dit avoir appris beaucoup de choses durant son séjour. «Je me rends compte que ça ne m'aide pas de manquer des cours. Je suis capable de me concentrer et de ne pas manquer l'école. Je vais essayer de le faire, même si je pense que ça va être difficile», dit-elle. L'intervenant Julien Hamelin, qui supervise les jeunes, explique qu'il essaie de «briser les dynamiques négatives» des élèves. «Andréa a profité de cette pause en milieu neutre pour rattraper ses retards dans ses travaux. De retour à l'école, elle va mieux comprendre et ça va l'encourager à continuer», dit-il.

Pour ne pas revenir

«On veut des jeunes qui aiment ça, venir ici. Mais on veut qu'ils ne reviennent pas», souligne M. Pagé.

Le jeune Muneeb, 15 ans, assure qu'il ne reviendra pas à Alternative suspension. Il s'ennuie de l'école secondaire Lucien-Pagé, où il a beaucoup d'amis. Muneeb a été expulsé de son école parce qu'il dérangeait trop en classe. «C'est dur de se concentrer à l'école. On se connaît tous trop bien. Je suis un peu le clown. Je parle tout le temps. Je me sens obligé de mettre de l'ambiance. Mes amis me disent même qu'ils s'ennuient dans les cours depuis que je suis expulsé!» raconte Muneeb.

Mais après cinq jours à Alternative suspension, le jeune homme aux dents étincelantes et à la barbichette en broussaille dit vouloir réussir. «Je suis souvent déçu de l'école parce que c'est plate. Mais j'ai besoin de réussir. Je dois avoir de bons moyens pour acheter ce que je veux!» M. Hamelin assure que Muneeb a très bien travaillé. «Il a réalisé qu'il a les capacités de se concentrer et qu'il peut réussir», dit-il.

Le Québec compte 15 centres Alternative suspension chapeautés par les YMCA, dont sept à Montréal. Plusieurs écoles des commissions scolaires de Montréal, Marguerite-Bourgeoys et de la Pointe-de-l'Île y sont liées. Un nouveau point de service a été inauguré la semaine dernière à Montréal-Nord.

La majorité des jeunes qui fréquentent Alternative suspension sont des garçons, souvent du premier cycle du secondaire. «Il y a un lien entre les suspensions à répétition et le décrochage. On veut agir en prévention», explique M. Pagé. En 2008, le décrochage scolaire concernait 31,8% des élèves, selon des données de l'organisme Réussite Montréal.

Cette semaine, plusieurs régions tiennent des Journées de la persévérance scolaire. Différentes activités auront lieu dans les écoles pour l'occasion. Le sénateur Jacques Demers prononcera entre autres une conférence ce matin à l'école secondaire Calixa-Lavallée, à Montréal. La population est aussi invitée à porter des rubans vert et blanc, en signe d'engagement envers la persévérance scolaire.