Québec va remettre au programme scolaire les cours d'éducation sexuelle, disparus du cursus depuis 2001. En outre, les cours ne seront plus réservés aux élèves du secondaire: ceux du primaire en profiteront également, confirme le cabinet de la ministre de l'Éducation, Line Beauchamp, qui ajoute que ces cours pourraient faire progressivement leur apparition dès la rentrée 2011.

Ariane Lacoursière LA PRESSE

«Les parents ont un rôle à jouer dans l'éducation sexuelle de leurs enfants, mais l'école est un endroit neutre, où les enfants peuvent trouver de l'information de qualité. Alors que les jeunes sont exposés à toutes sortes de choses sur internet, remettre l'éducation sexuelle au programme est une excellente chose», affirme la présidente de la Fédération des femmes du Québec, Alexa Conradi.

Mme Conradi se réjouit de voir que le primaire sera aussi touché. «Plus les jeunes ont de l'information, plus ils peuvent prendre des décisions éclairées. Ce n'est pas parce qu'on parle de sexualité aux enfants qu'ils seront poussés plus vite vers une vie sexuelle active», assure-t-elle.

Un père s'interroge

Père d'un élève de 11 ans à l'École internationale de Montréal, Chris Bannester n'est pas de cet avis. Cette semaine, un incident l'a amené à se questionner sur le rôle de l'école dans la formation sexuelle des jeunes. Mardi, son fils a visité l'exposition Sexe: l'expo qui dit tout avec sa classe au Centre des sciences de Montréal.

Cette exposition, qui parle sans tabou de plusieurs sujets liés à la sexualité, s'adresse à un public d'adolescents de 12 à 16 ans. Mais l'École internationale de Montréal a décidé d'y amener ses élèves de sixième année. «Est-ce que mon enfant a le droit de se développer à son propre rythme et de ne pas être prêt, à 11 ans, à apprendre toutes ces choses?» demande M. Bannester.

La directrice de l'École internationale de Montréal, Isabelle Marcotte, explique avoir décidé d'emmener les enfants à l'exposition parce que les enseignants ont jugé que c'était «pertinent». «Quelques parents étaient inquiets, dit-elle. On leur a bien expliqué que les enfants qui ne voulaient pas voir l'exposition pouvaient voir autre chose. Ça se peut qu'un jeune n'ait pas la maturité pour voir ça mais, en même temps, le contenu est très scientifique.»

Selon la sexologue Jocelyne Robert, il n'est jamais trop tôt pour l'éducation sexuelle. Il faut essayer de se coller au développement psychosexuel des enfants. «Mais dans les classes, les enseignants ne pourront pas faire de cas par cas. Si certains élèves sont moins avancés sur le plan psychosexuel, ils recevront la même formation que les autres, explique Mme Robert. Mais il faut savoir qu'une éducation sexuelle de qualité, donnée de façon respectueuse en tenant compte de la dimension affective des enfants, ça ne peut pas faire de tort, même si l'enfant n'est pas rendu là.»

M. Bannester estime au contraire que les élèves du primaire ne sont pas prêts. «Pourquoi le gouvernement s'infiltrerait-il dans le développement intime des enfants? Au secondaire, les jeunes sont rendus là. Mais au primaire?»

Mme Robert se veut rassurante: «Il est moins dangereux qu'un enfant reçoive de la bonne information trop tôt que de tomber sur des scènes de pornographie alors qu'il n'a eu aucune préparation. Il ne faut pas jouer à l'autruche. Selon moi, la décision du gouvernement est excellente.»