Soupçonnant que la nouvelle épreuve uniforme de français de cinquième secondaire, imposée depuis juin dernier par le ministère de l'Éducation (MELS), était trop facile, un professeur de la rive-sud de Montréal a fait passer cet examen à ses élèves de quatrième secondaire le mois dernier. À sa grande surprise, la majorité de ses jeunes, qui ne maîtrisent en fait que les compétences de la troisième secondaire, ont réussi haut la main l'examen ministériel.

Mis à jour le 7 oct. 2010
Ariane Lacoursière LA PRESSE

«Mes conclusions vont au-delà de ce à quoi je m'attendais. Le nouvel examen de cinquième secondaire a été réussi facilement par plusieurs de mes élèves qui n'avaient qu'un bagage de troisième secondaire... J'ai prouvé que la nouvelle épreuve est beaucoup trop facile», explique Benoît Paquin, qui enseigne le français en quatrième et cinquième secondaire à l'école secondaire Jacques-Rousseau à Longueuil.

En septembre, M. Paquin a demandé à ses nouveaux élèves de quatrième secondaire de composer un texte explicatif, comme ils ont appris à le faire en troisième secondaire, et d'y ajouter «un peu d'opinion». Il a d'abord corrigé ces textes en utilisant la grille de l'ancienne version de l'épreuve uniforme de français. Ses élèves ont ainsi obtenu une moyenne de seulement 57%.

Il a ensuite corrigé les textes de ses élèves en utilisant la grille du nouvel examen ministériel, imposé depuis juin. Résultat: les jeunes ont obtenu une moyenne de 72%.

Alors que les élèves de cinquième secondaire du Québec devaient auparavant rédiger un texte argumentatif étoffé pour leur épreuve finale, les jeunes de juin 2010, soit les premiers issus de la réforme scolaire, ont plutôt eu à écrire une lettre ouverte. Dans l'ancien texte argumentatif, 20% de la note finale était attribué à l'«organisation stratégique» du texte. Or, dans la lettre ouverte, ce critère a disparu et 25% est plutôt attribué à la «cohérence du texte».

Stratégie

Pour M. Paquin, il s'agit d'une stratégie pour faciliter le passage des enfants de la réforme. Dès qu'il a lu les nouveaux critères de correction, il s'est douté que les jeunes pouvaient maintenant se contenter de «donner leur opinion, sans structure argumentative», pour passer l'épreuve.

En mai dernier, le MELS avait assuré que le nouvel examen était tout aussi exigeant que l'ancien. M. Paquin a voulu vérifier ces dires en testant ses jeunes élèves. «Les résultats sont épeurants. Je vois que les élèves peuvent passer en présentant simplement un texte explicatif auquel ils ajoutent de l'opinion... Les cours de français de quatrième secondaire et 5, où on doit enseigner les stratégies d'argumentation, ne servent plus à rien», dit-il.

M. Paquin précise que ses élèves sont issus du programme international, donc «forts académiquement, surtout au niveau de l'orthographe». «Mais malgré tout, leurs compétences de troisième secondaire ont suffi pour leur faire passer la lettre ouverte, mais pas le texte argumentatif», répète-t-il.

L'enseignant affirme avoir corrigé les examens en utilisant les grilles et les textes-types du MELS. Il a même laissé trois heures plutôt que trois heures et demie à ses élèves pour achever le tout. «Je sais qu'on va dire que j'ai mal corrigé. J'ai déjà préparé des copies pour que le MELS refasse mes corrections. Je n'ai rien à cacher», dit-il.

M. Paquin espère que son expérience se rendra jusqu'au bureau de la ministre de l'Éducation, Line Beauchamp. «Il faut mettre un frein à cette façon d'évaluer qui est complaisante», plaide M. Paquin.

La présidente de l'Association des professeurs de français du Québec, Suzanne Richard, n'a pas voulu commenter l'exercice de M. Paquin qu'elle qualifie de «non scientifique». «On peut faire dire ce que l'on veut à ce genre de choses. Ce n'est pas sérieux», dit-elle. Le ministère de l'Éducation a préféré ne pas commenter ce dossier.