Toutes les universités ne crient pas famine. À l'Université du Québec à Trois-Rivières, tout baigne: un surplus et des inscriptions en hausse de 25% depuis cinq ans. Pourquoi certaines universités s'en tirent-elles si bien alors que d'autres s'enlisent?

Louise Leduc LA PRESSE

Claude Arbour, vice-recteur de l'UQTR, note d'abord que son université a bénéficié d'une nouvelle formule de financement qui accorde davantage aux universités en région pour compenser le plus petit bassin de population et, partant, la plus grande difficulté à remplir les classes.

L'UQTR s'est aussi employée à offrir des programmes exclusifs: doctorats en podiatrie ou en chiropraxie, baccalauréat pour sages-femmes, sans compter un programme de psycho-éducation offert non pas à Trois-Rivières, mais à Québec, tout à côté de l'Université Laval (qui ne l'a pas digéré).

C'est la grande tendance: l'Université du Québec à Trois-Rivières donne des cours à Québec; l'Université de Sherbrooke s'est dotée d'un campus à part entière, avec résidences et tout, à Longueuil...

«À quel prix les universités se mettent-elles à construire hors de leur territoire? Les étudiants ont-ils de bonnes bibliothèques? Des laboratoires adéquats? Et quelle est la motivation de cette délocalisation: démocratiser l'éducation ou améliorer sa situation financière?» demande Manuel Crespo, professeur titulaire en administration de l'éducation à l'Université de Montréal.

Il reste que, avant même que les universités sortent de leur région, il y avait déjà dédoublement de programmes entre les universités de Montréal. «Personnellement, je ne crois pas qu'il faille avoir une approche comptable pour chaque discipline. Si un département (de philosophie ou autre) est excellent, même s'il a des difficultés financières, il faut le maintenir. Par contre, quand un département n'est ni rentable, ni une niche d'excellence, des décisions s'imposent», croit Manuel Crespo.

Le problème, ajoute-t-il, «c'est que les universités n'aiment pas fermer des programmes: ce n'est jamais simple de replacer des professeurs».

Qu'a fait l'Université Laval pour atteindre l'équilibre budgétaire? Éric Bauce, vice-recteur, commence par souligner que l'Université Laval «a le plus fort taux de financement privé de la recherche» au Canada.

L'Université Laval a en outre créé 37 programmes de formation à distance, dont un baccalauréat en informatique offert en Afrique. «Ça, c'est une avenue. Il y a un marché pour cela», poursuit M. Bauce.

Qui fera les sacrifices?

Si on finit par augmenter les droits de scolarité, les professeurs devraient-ils, eux aussi, faire des sacrifices? Dans les universités d'État de la Californie, les plus hauts salariés ont dû consentir dans les dernières années à des baisses de salaire de 10% dans un effort budgétaire commun.

S'il relève que les coûts de main-d'oeuvre dans un établissement comme l'Université de Montréal représentent 80% des dépenses, M. Crespo souligne qu'il serait difficile de réduire les salaires des profs alors même qu'on augmente sans cesse le nombre d'étudiants dans les classes.

Car, de fait, cette mesure a été la première qu'ont adoptée les universités pour sortir du gouffre: admettre toujours plus d'étudiants et récolter ainsi plus de droits de scolarité.

Si bien que, après publication d'une série dans La Presse en 2008 sur «les diplômes au rabais» et sur l'abaissement des exigences d'admission afin d'avoir toujours plus d'étudiants, une étudiante en droit nous avait envoyé un courriel pour nous dire que, à la fin de son baccalauréat, elle doutait qu'un seul prof la connût par son nom.

Des droits de 30 000$ pour une maîtrise en administration des affaires, comme à McGill, peuvent-ils être une solution? Professeur de philosophie à l'Université de Montréal, Michel Seymour lance en riant que, en tout cas, il ne voudrait pas enseigner à ces étudiants. «Il faut que les profs soient vraiment exceptionnels pour justifier que chacun des étudiants paie 30 000$! Mettons que ces étudiants ne doivent pas, à ce prix-là, accepter facilement qu'on leur colle un C!»