Au-delà de la formation des enseignants, invoquée par la ministre de l'Éducation Line Beauchamp, il manque un élément essentiel avant le retour du bulletin chiffré: le cadre d'évaluation.

Mis à jour le 21 août 2010
Charles Côté LA PRESSE

Hier, la nouvelle ministre de l'Éducation, Line Beauchamp, a reporté d'un an, à l'automne 2011, le lancement du bulletin unique et chiffré dans les écoles primaires et secondaires.

«Il doit y avoir une année de transition et une formation pour les professeurs», a-t-elle dit en conférence de presse à Québec. La décision est venue après une consultation publique.

Cette décision «boucle la boucle», affirme la ministre, dans le houleux débat lancé il y a plus de 10 ans par la réforme de l'éducation.

Mais c'est dans le cadre d'évaluation, qui sera dévoilé le 29 octobre, qu'on saura précisément sur quoi les élèves seront notés. Il s'agit une étape cruciale pour avoir un bulletin réellement uniforme à travers la province.

«Par exemple, on va décider qu'en première année, pour le 30 novembre, tout le monde doit savoir l'alphabet, et ainsi de suite», dit Chantal Longpré, présidente de la Fédération québécoise des directions d'établissement d'enseignement (FQDE), qui représente 2400 directeurs et directrices d'écoles.

«Les cadres d'évaluation sont prêts», a indiqué à La Presse Alain Veilleux, sous-ministre adjoint à l'Éducation.

«Mais compte tenu du fait que 40 mémoires sur 41 nous demandaient une année de transition, compte tenu du fait que les enseignants ont beaucoup d'autres chats à fouetter en début d'année, on va prendre le temps de peaufiner toute notre stratégie d'information et de formation avec l'aide de nos partenaires.»

Le bulletin sera «un instrument très clair qui sera utile aux parents», affirme la ministre Beauchamp, évoquant les difficultés de communication des professeurs et l'incompréhension des parents avec le bulletin actuel, censé évaluer les «compétences» et non les «connaissances».

Retour des connaissances

Derrière ces mots se cache le combat que se livrent les partisans et opposants de la réforme de l'éducation introduite en 1998.

L'Alliance des professeurs de Montréal, qui représente les enseignants de la Commission scolaire de Montréal, se réjouit du retour du bulletin chiffré, même retardé d'un an.

«Le retour à la connaissance, c'est notre cheval de bataille, dit le président Alain Marois. On réclamait ces changements-là, un bulletin unique et chiffré, surtout à Montréal. Avec tous les déménagements des élèves, les progrès scolaires étaient difficiles à suivre.»

Mais le syndicat attend de voir ce qu'il découvrira le 29 octobre, dans le cadre d'évaluation. «On a toujours demandé qu'il y ait une prépondérance des connaissances dans le cadre d'évaluation, dit M. Marois. C'est là qu'on va vraiment avoir l'heure juste.»

En conférence de presse, le ministre Beauchamp n'a pas tourné le dos aux principes de la réforme. «Le travail en équipe, la formation par projets, c'est bien intégré, c'est des bons aspects que l'on garde», a-t-elle dit.

Mme Beauchamp a remplacé Michelle Courchesne, qui est maintenant présidente du Conseil du Trésor, lors du remaniement ministériel de la semaine dernière. En juin, Mme Courchesne prévoyait le lancement du nouveau bulletin dès cet automne.

«Il y a des gens qui vont dire qu'il aurait fallu avoir le bulletin tout de suite, a dit Mme Beauchamp. Je suis sensible au besoin de respecter les professeurs et de leur permettre de recevoir une formation.»

L'annonce d'hier a été bien accueillie par tous les intervenants (syndicats, directions, parents), sauf l'Action démocratique du Québec.

«Je ne vois pas pourquoi il faudrait une année de plus pour s'adapter à quelque chose qui va simplifier le travail et la compréhension de tout le monde!» a lancé la députée Sylvie Roy, porte-parole de l'ADQ en matière d'éducation.

Trois bulletins par année

La ministre Line Beauchamp introduit deux changements par rapport au projet de Mme Courchesne. Il y aura désormais trois bulletins par année, et ceux-ci n'auront pas la même valeur.

Ceux du 20 novembre et du 15 mars vaudront 20% chacun, et celui du 10 juillet, 60% à lui seul.

Selon Mme Beauchamp, c'est une façon de favoriser la motivation des élèves qui éprouveraient des difficultés en début d'année.

Quant au nombre de trois bulletins, il représente selon la ministre l'équilibre pour les professeurs entre la transmission et l'évaluation des connaissances.

Le projet de bulletin du primaire remis hier à titre indicatif prévoit d'évaluer les capacités à lire, écrire et communiquer oralement en français, à communiquer oralement en anglais langue seconde et à comprendre et écrire cette langue. Et ainsi de suite pour les mathématiques et les autres matières.

La note de passage sera de 60%. Au secondaire, un échec dans une matière obligatoire entraînera la reprise du cours. Au primaire, il y aura d'autres types d'interventions.

Il y aura une communication avec les parents en début d'année, avant le 15 octobre, pour faire savoir comment se déroule la rentrée.

En outre, deux fois par an, l'enseignant devra «commenter si le jeune peut travailler en équipe, exercer son jugement, organiser son travail et communiquer».