L'arrivée du nouveau bulletin dans les écoles du Québec semble plus que jamais compromise. Après les commissions scolaires, les directeurs d'établissement et les enseignants, le Conseil supérieur de l'éducation a demandé, jeudi, au gouvernement de surseoir à l'implantation de ce bulletin uniforme. La nouvelle ministre de l'Éducation, Line Beauchamp, veut lire la quarantaine d'avis que les intervenants de l'éducation on fait parvenir au gouvernement cet été avant de dire si elle ira de l'avant.

Mis à jour le 13 août 2010
Ariane Lacoursière LA PRESSE

«On veut un bulletin clair et facile à comprendre. Mais Mme Beauchamp souhaite d'abord examiner les mémoires. Elle est consciente que ça peut amener des délais. Elle compte prendre une décision dans les prochains jours», explique l'attaché de presse de Mme Beauchamp, Dave Leclerc.

Le 11 juin dernier, la ministre sortante de l'Éducation, Michelle Courchesne, avait annoncé qu'un nouveau bulletin, «plus clair et plus facile à comprendre pour les parents et les élèves», serait implanté dès septembre dans les écoles. Dans ce bulletin «revu et allégé», l'évaluation de certaines compétences disparaît pour laisser place à l'évaluation des connaissances. La ministre avait donné un mois aux intervenants de l'éducation pour se prononcer.

Dans un avis diffusé jeudi matin, le Conseil supérieur de l'éducation soutient que les écoles québécoises fonctionnent actuellement selon le Renouveau pédagogique, qui privilégie l'approche par compétences, et qu'elles ne sont donc pas prêtes à utiliser les nouveaux bulletins axés sur les connaissances.

Le Conseil soutient que les changements proposés par le ministère de l'Éducation «sont prématurés» et auraient «inévitablement une incidence sur la façon d'enseigner».

«On enseignerait encore avec l'approche par compétences, mais on évaluerait principalement des connaissances... Ça créerait des situations difficiles», note la présidente du Conseil, Nicole Boutin. Selon elle, il serait néfaste de rejeter entièrement le Renouveau pédagogique. «Il y a du bon dans le Renouveau. On a investi beaucoup d'argent dans ce programme, note-t-elle. Plusieurs écoles ont mis au point des façons efficaces et claires d'évaluer les compétences. On pourrait prendre exemple sur elles plutôt que de tout recommencer.»

Mme Boutin ajoute que le gouvernement a agi trop rapidement dans le dossier. «Il y a une nouvelle ministre de l'Éducation. C'est le moment pour elle de prendre le temps de consulter le milieu et de revoir la décision», affirme Mme Boutin.

Plusieurs mécontents

Le Conseil supérieur de l'éducation n'est pas le seul organisme qui a critiqué la décision du gouvernement. Au début du mois de juillet, la Fédération des commissions scolaires du Québec avait elle aussi dit craindre que les bulletins ne nuisent au Renouveau pédagogique.

La Commission scolaire de Montréal (CSDM) avait pour sa part dit que le gouvernement devait lui transmettre rapidement ses exigences et son cadre de référence s'il voulait que le bulletin uniforme soit prêt pour la rentrée. Rien de tout cela n'a encore été fait.

Pour l'instant, l'Association québécoise du personnel de direction des écoles (AQPDE) doute que le changement de bulletin puisse être appliqué dès la rentrée. «On devait avoir une rencontre avec la ministre Courchesne ce mois-ci. On est maintenant en attente à cause du remaniement. Si on veut implanter les bulletins dès septembre, ça prend absolument une rencontre avant la rentrée scolaire. Mais on devrait selon moi se donner le temps de bien faire les choses», dit la présidente de l'AQPDE, Danielle Boucher.

Mme Boucher rappelle que la quasi-totalité des organismes qui se sont prononcés cet été ont demandé un sursis. «On veut un bulletin clair pour les parents. Mais les changements proposés vont au-delà du simple bulletin. Ça remet en question le programme construit sur l'acquisition de compétences. On n'est pas contre le retour des connaissances. Mais la réforme n'est pas que négative. Il ne faut pas jeter le bébé avec l'eau du bain.»

La deuxième vice-présidente de la Fédération des syndicats de l'enseignement, Josée Scalabrini, est pour sa part heureuse que les connaissances reviennent au bulletin, mais elle est aussi déçue. «Actuellement, tout indique que les enseignants et les parents vont encore commencer l'année sans savoir ce qui arrivera avec l'évaluation», souligne-t-elle.