Tous les élèves de cinquième secondaire subiront simultanément l'épreuve uniforme de français jeudi. Mais, selon différents professeurs, les exigences de cet examen ministériel ont été réduites. Alors que les élèves devaient auparavant rédiger un texte argumentatif étoffé, les jeunes de cette année - les premiers issus de la réforme scolaire - devront écrire une lettre ouverte sans véritable argumentation.

Mis à jour le 5 mai 2010
Ariane Lacoursière LA PRESSE

Dans l'ancienne épreuve de français de la fin du secondaire, implantée en 1987, les élèves devaient donner leur opinion sur un sujet donné et l'appuyer d'au moins deux preuves. «Il y avait un fondement argumentaire. Les élèves devaient étayer leurs preuves», explique Benoît Paquin, qui enseigne le français en quatrième et cinquième année à l'école secondaire Jacques-Rousseau.

L'«organisation stratégique» du texte comptait pour 20% de la note finale. Pour obtenir un maximum de points, les élèves devaient «construire une argumentation selon une stratégie particulièrement efficace». «Par exemple, les élèves pouvaient présenter leurs preuves de la moins forte à la plus forte, utiliser la réfutation...» illustre M. Paquin.

Jeudi, les élèves devront plutôt rédiger une lettre ouverte. L'organisation stratégique ne figure plus dans la grille d'évaluation. La «cohérence du texte» compte pour 25% de la note finale. Pour obtenir le maximum de points, les élèves doivent «organiser leur texte de façon cohérente».

«Dans cette lettre, l'élève est appelé à faire valoir une position (thèse) avec cohérence», dit le document de présentation du ministère de l'Éducation. «Faire valoir ses idées, ça ne veut pas dire argumenter, juge Suzanne Chartrand, professeure de didactique du français à l'Université Laval. Argumenter est beaucoup plus complexe que de simplement donner son opinion et se justifier.»

«Une stratégie politique»

Selon Mme Chartrand, ce changement dans l'examen ministériel de français est «une stratégie politique pour nous empêcher de faire une véritable évaluation de la réforme». Puisque les exigences du nouvel examen sont plus faibles, plusieurs élèves le réussiront facilement. «Si on avait vraiment voulu savoir si ces élèves, qui sont les premiers issus de la réforme, sont meilleurs, on aurait gardé les anciennes exigences», dit Mme Chartrand.

M. Paquin est du même avis. «Les élèves pourront maintenant écrire n'importe quoi, pourvu qu'ils aient un beau style. Des élèves de troisième secondaire seraient capables de passer ce test. L'objectif semble être de faire passer les enfants de la réforme», croit-il.

Tant M. Paquin que Mme Chartrand qualifient cette situation de déplorable. «Former un citoyen critique, c'est important. Mais le Ministère a décidé, sans nous consulter, d'éliminer l'argumentation», note Mme Chartrand.

«Vers quoi envoie-t-on ces enfants? Au cégep et à l'université, ils auront besoin de savoir argumenter», ajoute M. Paquin.

La présidente de l'Association des professeurs de français du Québec, Suzanne Richard, est quant à elle surprise par ces critiques. Elle reconnaît que le genre de texte demandé a changé, cette année. «On demande une lettre ouverte. Selon moi, ça signifie prendre position et argumenter. L'argumentation sera évaluée dans le critère "cohérence"», affirme-t-elle.

Au cabinet de la ministre de l'Éducation, Michelle Courchesne, on assure que l'argumentation «a toujours la même importance et représente 50 % de la note, affirme l'attachée de presse de Mme Courchesne, Tamara Davies. Seulement, c'est formulé différemment dans la grille d'évaluation.»