Québec finance des garderies destinées à propager l'islam et s'initier au judaïsme, selon ce qu'a appris La Presse Canadienne.

Mis à jour le 8 mars 2010
Jocelyne Richer LA PRESSE CANADIENNE

Ainsi, l'apprentissage des rites et dogmes religieux, dans certains cas ultra-orthodoxes, fait partie du programme éducatif offert dans certains services de garde dont la principale source de financement est publique.

Cette situation s'explique par le fait que le ministère de la Famille, qui est chargé d'attribuer les places, ne s'est donné aucune balise en la matière.

Par exemple, le ministère a accordé, en 2007 et 2008, 80 places à 7 $ à l'Association islamique des projets charitables, pour ouvrir la garderie privée Oasis Bout'chou, à Laval.

Son but, tel qu'il apparaît au Registraire des entreprises: «Propager l'enseignement islamique parmi les musulmans et les non-musulmans».

Autre exemple, cette fois au profit de la communauté juive, le ministère a aussi accordé des places, il y a une dizaine d'années, au rabbin ultra-orthodoxe Yosef Minkowitz, qui dirige le Centre de la petite enfance (CPE) Beth Rivkah, à Montréal. Sa subvention gouvernementale, en 2009, a atteint 1,3 million $, en hausse de 31,797 $.

Le CPE Beth Rivkah ne fait pas mystère de son programme éducatif: «Apprendre la Torah, c'est vivre la Torah.

Toutes nos activités journalières sont pénétrées de l'esprit de Torah et de la tradition juive, exposant ainsi l'enfant vers un riche mélange d'études juives et laïques», peut-on lire sur son site Internet.

Ce CPE est le plus important au Québec, avec ses 124 places, soit 44 de plus que le maximum autorisé.

Ce n'est d'ailleurs pas la première fois que Québec assouplit ses règles pour accommoder la communauté juive.

En 2006, le ministère de la Famille avait aussi contourné ses propres règles pour confier un bureau coordonnateur à l'organisme Gan unifié, qui peut depuis gérer quelque 600 places de garderies à Montréal.

La communauté juive a même sa propre association de CPE.

L'essentiel (82 pour cent) de la facture du programme de places à contribution réduite (7 $ par jour) est assumé par l'ensemble des contribuables.

Mais pour ce qui est du contenu du programme éducatif, il est laissé à la discrétion des conseils d'administration.

En l'absence de toute balise, les services de garde ont donc la voie libre pour transmettre les valeurs et croyances correspondant à leur appartenance religieuse.

L'Association islamique des projets charitables - qui possède la garderie Oasis Bout'Chou, de même qu'une école à Laval - entend ainsi «propager les vraies valeurs de l'islam, en dehors de tout intégrisme ou terrorisme», a indiqué récemment en entrevue téléphonique, son porte-parole, Bassam Derbas.

«Nos enfants vont savoir c'est quoi la croyance d'un musulman, qu'est-ce qu'on fait comme musulman pour prier», a-t-il ajouté, à propos du programme éducatif des institutions dirigées par l'association.

La garderie Oasis Bout'chou avait défrayé la manchette récemment, quand l'opposition péquiste avait mis au jour que ses administrateurs étaient d'importants contributeurs à la caisse du Parti libéral du Québec (PLQ).

Quelques clics de souris révèlent que les cas soulevés ne font pas exception: plusieurs services de garde s'affichent sur Internet, en misant sur leur vocation religieuse pour attirer les parents.

Dans le cas des garderies privées non subventionnées, on fait valoir que les parents peuvent obtenir l'équivalent d'une place à 7 $, grâce aux crédits d'impôt offerts par Québec.

Quelques exemples parmi d'autres glanés sur Internet: la garderie privée Petite fleur, de l'arrondissement St-Laurent à Montréal, table sur le fait qu'elle est située «à côté de la mosquée Rawda et Madani», dans un «cadre idéal pour apprendre l'arabe et le Coran».

La garderie Sindibad, à Montréal, met à l'horaire des «activités islamiques», tandis que celle de l'École de l'excellence, à Québec, s'inspire du «Coran et de la Sunna» et offre «le service de dîner et prière».

Le ministre de la Famille, Tony Tomassi, n'a pas donné suite à une demande d'entrevue.

Sa porte-parole, Isabelle Mercille, a cependant soutenu qu'«aucune place n'est attribuée selon l'appartenance religieuse ou selon un motif religieux».

Quant à l'enseignement religieux dispensé dans les garderies, le cabinet Tomassi l'assimile à une «couleur locale».

Porte-parole du Mouvement laïque québécois, la professeure de philosophie Marie-Michèle Poisson s'est, quant à elle, montrée très troublée, estimant que ces jeunes enfants étaient soumis «à l'endoctrinement religieux ou idéologique».

«Il y a une dérive sérieuse», a-t-elle commenté, lors d'un entretien téléphonique. «Ce sont des cas de DPJ, à la limite», juge celle qui voit «l'intégrité mentale ou psychique des enfants menacée».

Vu le caractère prosélyte affiché par certaines directions de garderies, Mme Poisson se demande aussi si la totalité des fonds publics confiés aux organismes religieux est bel et bien destinée aux enfants et non détournée à d'autres fins.

Quant à elle, l'opposition péquiste demande au ministre Tomassi de fixer des balises en la matière.

«On s'interroge sérieusement : est-ce que c'est le rôle de l'Etat de financer des garderies à but lucratif à vocation religieuse?», a commenté, en entrevue, le porte-parole dans le dossier, le député Nicolas Girard, soucieux de voir les services de garde faire preuve d'inclusion.

De plus, «il est important pour nous que les principes de laïcité et d'égalité entre les hommes et les femmes soient respectés», a-t-il ajouté.