Le premier ministre Stephen Harper a durci le ton envers le gouvernement du président Hamid Karzaï aujourd'hui en exigeant qu'il s'attaque plus vigoureusement au problème de corruption qui mine l'Afghanistan.

Mis à jour le 21 nov. 2010
Joël-Denis Bellavance LA PRESSE

M. Harper a profité de la portion du sommet de l'OTAN consacrée à la situation en Afghanistan pour rappeler au président Karzaï que les pays qui participent à la reconstruction s'attendent à des progrès plus probants en matière de bonne gouvernance.

 

D'autres leaders ont aussi fait écho au propos du premier ministre durant la rencontre à huis clos avec le président Karzaï.

En conférence de presse, après la fin du sommet, M. Harper a expliqué par exemple que le Canada n'a guère l'intention de donner suite à la demande M. Karzaï de verser directement à son gouvernement 50 % de l'enveloppe de l'aide humanitaire, au lieu de remettre tout l'argent aux agences internationales reconnues, pour qu'il finance lui-même les projets de construction jugés prioritaires.

Le président afghan a argué qu'il serait plus facile de convaincre son peuple que son gouvernement agit dans l'intérêt de la population, malgré la présence des soldats étrangers, s'il pouvait dépenser lui-même l'argent de l'aide internationale. À l'heure actuelle, le gouvernement afghan se voit confier 20% de l'aide humanitaire.

«J'ai été très direct avec le président Karzaï. J'ai dit au président Karzaï que l'appui de notre gouvernement et de notre population dépend du respect que démontre le gouvernement de l'Afghanistan envers certains principes fondamentaux comme la démocratie, la primauté du droit, les droits de la personne, la bonne gouvernance et la lutte contre la corruption», a affirmé M. Harper.

«Je suis très clair. On ne va pas donner un seul sou directement au gouvernement de l'Afghanistan à moins que nous soyons certains que cet argent sera dépensé d'une façon tout à fait responsable et transparente», a-t-il ajouté.

Interrogé pour savoir si le président Karzaï était l'homme de la situation en Afghanistan, M. Harper a dit avoir de bonnes relations personnelles avec son homologue et a soutenu que la situation est fort difficile dans ce pays ravagé par des années de guerre. Le premier ministre a ensuite affirmé que M. Karzaï a été élu par les Afghans et qu'il «ne faut pas l'oublier».

«C'est clair qu'il a encore beaucoup de défis pour le gouvernement de l'Afghanistan. Ce n'est pas un secret que ce n'est pas un gouvernement parfait. Mais on ne devrait pas oublier la raison pour laquelle nous sommes là. C'est parce que l'Afghanistan, avec les talibans et Al-Qaïda, est devenu une menace pour la sécurité mondiale. Beaucoup de Canadiens ont été tués lors des attaques du 11 septembre 2001. On doit s'assurer que l'Afghanistan ne redeviendra pas une terre d'asile pour les terroristes», a dit M. Harper.

Durant le sommet, le Canada a fait l'objet d'éloges de la part de plusieurs leaders, y compris le président des États-Unis, Barack Obama, pour la décision «courageuse» de maintenir des soldats canadiens après la fin de la mission de combat en 2011.

Le secrétaire général de l'OTAN, Anders Fogh Rasmussen, a d'ailleurs invité les pays membres de l'Alliance atlantique à suivre l'exemple du Canada qui maintiendra des soldats en Afghanistan jusqu'en 2014 afin de former les troupes afghanes.

Le gouvernement de Stephen Harper a annoncé au début de la semaine qu'il compte maintenir 950 soldats et personnel de soutien en Afghanistan afin de former les troupes afghanes pendant trois ans dans la région de Kaboul à partir de 2011. Mais la mission de combat des 2900 soldats canadiens dans la région de Kandahar, la province la plus dangereuse du pays, prendra toutefois fin comme prévu en juillet 2011.

«Laissez-moi exprimer mon appréciation de la décision canadienne de fournir des formateurs pour notre mission de formation en Afghanistan. Cette mission de formation est cruciale pour la transition et j'espère que la décision canadienne va servir comme un bon exemple pour le reste des alliés et des partenaires», a affirmé ce matin le secrétaire général de l'OTAN au cours d'une conférence de presse.

Le président Karzaï a aussi salué la décision du gouvernement Harper au cours de cette même conférence de presse à laquelle participait le secrétaire général des Nations Unies, Ban Ki-Moon.

«Depuis le début, le Canada a été à l'avant-scène dans l'aide à l'Afghanistan. Le peuple afghan est extrêmement reconnaissant envers le Canada pour sa contribution vers le bien-être de l'Afghanistan. La décision du Canada de continuer d'aider l'Afghanistan après la fin de la mission militaire est bienvenue. Le Canada va continuer de soutenir l'Afghanistan en formant les troupes et participant à la reconstruction», a-t-il affirmé.

L'Afghanistan a été au coeur des discussions des leaders durant ce sommet de deux jours qui a pris fin samedi. Les leaders des pays membres de l'Alliance ont endossé le plan visant à transférer graduellement la responsabilité de la sécurité aux forces afghanes à partir de 2011. L'objectif est de faire en sorte que les forces afghanes soient entièrement responsables de la sécurité du pays d'ici 2014. M. Rasmussen a d'ailleurs signé une entente formelle à ce sujet avec le président Karzaï et le secrétaire général des Nations unies.

M. Rasmussen a affirmé que l'OTAN restera en Afghanistan tant que la menace que représentent les insurgés talibans n'aura pas été définitivement éliminée.

Même si l'OTAN évoque l'idée d'une présence militaire au-delà du calendrier de 2014, le premier ministre Stephen Harper a réitéré samedi après-midi que tous les soldats canadiens seront rapatriés au pays à partir de mars 2014.

«J'ai été très clair à ce sujet. La nouvelle mission se terminera en mars 2014», a dit le premier ministre, ajoutant que l'aide humanitaire, elle, continuera.